Le 30 septembre 2026, Ibrahim Traoré franchira le cap des quatre ans à la tête du Burkina Faso, après le coup d’État qui avait renversé Paul-Henri Sandaogo Damiba en 2022. Un anniversaire qui ravive la comparaison avec Thomas Sankara, dont le capitaine revendique régulièrement l’héritage, sans que les deux trajectoires politiques se confondent.
Ibrahim Traoré atteint quatre ans à la tête du Burkina Faso
Ibrahim Traoré s’est imposé à la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration le 30 septembre 2022. Il avait alors justifié le renversement de Damiba par la dégradation de la situation sécuritaire face aux groupes armés jihadistes. Il a ensuite prêté serment comme président le 21 octobre.
Le symbole des quatre années rappelle inévitablement Thomas Sankara. La comparaison mérite toutefois une précision. Sankara a gouverné du 4 août 1983 jusqu’à son assassinat le 15 octobre 1987, soit un peu plus de quatre ans. Traoré atteindra donc quatre années de pouvoir le 30 septembre, mais pas encore exactement la durée totale du régime sankariste.
Les similitudes nourrissent néanmoins le parallèle. Les deux hommes sont arrivés au sommet de l’État alors qu’ils étaient de jeunes capitaines. Tous deux ont placé la souveraineté, le panafricanisme et la réduction des dépendances extérieures au cœur de leur discours politique.
Thomas Sankara érigé en référence politique
Ibrahim Traoré ne cache pas son admiration pour son prédécesseur. En octobre 2025, il présentait Thomas Sankara comme un homme ayant laissé à la jeunesse africaine une « boussole morale ». Il affirmait également que les autorités actuelles avaient le devoir de « parachever son œuvre ».
Cette filiation dépasse les discours. Sous Traoré, le gouvernement a officiellement reconnu Sankara comme « Héros de la Nation » en 2023. Les autorités ont aussi remis en avant plusieurs références politiques de la Révolution démocratique et populaire des années 1980.
Traoré affirme notamment poursuivre le même combat pour « la souveraineté et l’indépendance ». Son gouvernement insiste sur le développement endogène, le patriotisme économique et une diplomatie moins dépendante des anciennes puissances occidentales.
Une révolution menée sous la pression de la guerre
La principale différence tient pourtant au contexte. Sankara avait lancé un vaste projet de transformation sociale, économique et culturelle. Son gouvernement avait notamment conduit des campagnes de vaccination, développé des infrastructures, promu l’émancipation des femmes et mobilisé la population autour de projets nationaux.
Ibrahim Traoré dirige, lui, un Burkina Faso plongé dans une insurrection jihadiste qui structure largement l’action de l’État. La sécurité avait d’ailleurs constitué la justification centrale de son arrivée au pouvoir en 2022. Quatre ans plus tard, le conflit reste actif dans plusieurs régions. ACLED classe toujours le Burkina Faso parmi les principaux foyers de violence du Sahel central.
Cette guerre donne aussi à la période actuelle une dimension fortement militaire. Le pouvoir s’appuie sur les forces armées et sur les Volontaires pour la défense de la patrie, mobilisés aux côtés de l’armée contre les groupes jihadistes.
Le pouvoir d’Ibrahim Traoré s’inscrit désormais dans la durée
La comparaison avec Sankara rencontre aussi ses limites sur le terrain institutionnel. La transition qui devait initialement déboucher sur un retour à l’ordre constitutionnel a été prolongée de cinq ans à compter du 2 juillet 2024. La nouvelle charte autorise en outre Ibrahim Traoré à se présenter aux futures élections.
Le mouvement de concentration du pouvoir s’est accentué en 2026. En janvier, le gouvernement a dissous l’ensemble des partis politiques, avant que l’Assemblée législative de transition n’abroge les textes organisant leur fonctionnement et le statut de l’opposition. Les autorités présentent ces mesures comme une réforme nécessaire à la cohésion nationale et à la « refondation » de l’État.
Quatre ans après le coup d’État du 30 septembre 2022, Ibrahim Traoré a donc profondément installé son pouvoir. Sankara reste sa référence historique la plus visible. Mais derrière les symboles communs, la trajectoire de Traoré se construit surtout autour d’une guerre prolongée, d’un pouvoir militaire renforcé et d’une transition désormais appelée à durer plusieurs années.




