Dialogue en RDC : pourquoi les Églises cherchent encore leur place

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Le dialogue en RDC devait offrir aux Églises un rôle central dans la recherche d’une sortie de crise. Mais l’architecture finalement présentée par Félix Tshisekedi leur réserve une place moins clairement définie, entre participation, autorité morale et médiation.

Dialogue en RDC : les Églises étaient au cœur des premières démarches

Le 17 juillet, Félix Tshisekedi reçoit plusieurs responsables religieux à Kinshasa. À l’issue de cette rencontre, le cardinal Fridolin Ambongo annonce que le chef de l’État a opté pour l’organisation d’un dialogue national inclusif.

Cette séquence place naturellement les confessions religieuses au premier plan. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) travaillent déjà depuis plusieurs mois sur leur Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.

Les deux organisations ont multiplié les consultations avec des responsables politiques et d’autres acteurs de la crise. Leur positionnement leur donne alors l’image de médiateurs capables de rapprocher des camps qui dialoguent difficilement directement.

Mais le discours présidentiel du 27 août modifie cette perspective.

Félix Tshisekedi reprend la maîtrise du processus

Le président annonce un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Celui-ci doit commencer par des forums dans les 26 provinces avant une synthèse nationale et des assises à Kinshasa.

Le processus ne doit pas dépasser trois mois. Deux ordonnances doivent également mettre en place un comité d’organisation et une commission préparatoire.

Surtout, le dispositif présidentiel ne confie explicitement la médiation ni à la CENCO ni à l’ECC. Félix Tshisekedi précise même que le dialogue ne doit appartenir à aucun parti, institution, individu ou confession religieuse.

Les Églises ne disparaissent pas pour autant. Les confessions religieuses doivent être représentées au sein de la commission préparatoire. Le président compte sur leur autorité morale, leur expérience et leur proximité avec la population pour favoriser la confiance et le consensus.

La différence reste importante. Participer à une commission ne revient pas à conduire la médiation.

Une architecture différente du Pacte social

La CENCO et l’ECC avaient développé leur propre approche à travers le Pacte social. Elles défendaient un processus suffisamment inclusif pour rapprocher les différentes forces politiques et sociales.

Le dispositif de Félix Tshisekedi place davantage les institutions de l’État au centre. Les consultations provinciales doivent associer responsables locaux, élus, partis politiques, société civile, autorités coutumières, confessions religieuses, universitaires et acteurs économiques.

Une autre divergence concerne les groupes armés. Le président refuse que les organisations occupant une partie du territoire participent au dialogue comme composantes politiques. Le dossier de l’AFC/M23 doit rester traité dans le cadre des négociations de Doha.

Cette position réduit le périmètre du dialogue intérieur par rapport à une conception très large de l’inclusivité.

La neutralité des Églises fait aussi débat

La place de la CENCO et de l’ECC ne dépend pas seulement du pouvoir. Certains acteurs congolais contestent également leur capacité à jouer les médiateurs.

La Nouvelle Société civile congolaise s’est notamment opposée à une médiation conduite par les deux organisations. Son coordonnateur Jonas Tshiombela estime que leurs prises de position sur les crises politiques, électorales et sécuritaires les empêchent désormais d’être considérées comme totalement neutres.

Cette critique illustre le paradoxe auquel les Églises sont confrontées. Leur engagement dans les affaires publiques renforce leur influence, mais expose également leur impartialité aux contestations.

Leur poids historique reste pourtant difficile à ignorer. Les réseaux catholiques et protestants disposent d’une forte implantation territoriale et peuvent atteindre des populations bien au-delà de Kinshasa.

Leur rôle définitif reste à préciser

Au 4 septembre, les deux ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi n’avaient pas encore été publiées. La composition exacte des structures chargées de préparer le dialogue restait donc inconnue.

La CENCO n’avait pas non plus rendu publique une nouvelle position officielle détaillée après le discours présidentiel du 27 août. Il serait ainsi prématuré de parler d’une rupture ouverte entre les Églises et le pouvoir.

La véritable question porte désormais sur leur niveau d’influence. Elles pourraient devenir de simples participantes, conserver une fonction informelle de facilitation ou obtenir davantage de responsabilités lors de la mise en place des structures préparatoires.

Les Églises ne sont donc pas exclues du dialogue en RDC. Mais après avoir contribué à le faire émerger, elles doivent encore déterminer si elles pourront en être les médiatrices ou seulement l’une de ses nombreuses composantes.

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