Fatima Ezzahra El Mansouri doit désormais transformer la victoire du PAM aux législatives marocaines en majorité capable de gouverner. Entre une participation tombée à 38,08 %, des négociations de coalition incontournables et des promesses sociales ambitieuses, la première femme nommée à la tête du gouvernement marocain entre dans la phase la plus délicate de son ascension.
Fatima Ezzahra El Mansouri doit construire une majorité
Le Parti Authenticité et Modernité est arrivé en tête du scrutin du 23 septembre avec 97 sièges sur 395. Il devance le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui en obtient 66, et l’Istiqlal, crédité de 65 élus. Le Parti de la justice et du développement (PJD) revient pour sa part à 54 sièges.
Cette victoire ne donne cependant pas au PAM les moyens de gouverner seul. La majorité absolue se situe à 198 sièges. Fatima Ezzahra El Mansouri, nommée cheffe du gouvernement le 29 septembre par le roi Mohammed VI en vertu de l’article 47 de la Constitution, doit donc convaincre d’autres formations de rejoindre son exécutif.
Elle a déjà assuré qu’il n’existait « aucune ligne rouge » dans les discussions. Une coalition avec le RNI et l’Istiqlal réunirait par exemple 228 députés, mais elle associerait largement des partis qui gouvernaient déjà ensemble auparavant. Le PJD a, de son côté, choisi l’opposition.
Le PAM doit aussi répondre au message de l’abstention
Le résultat des urnes comporte un avertissement plus profond. Seuls 38,08 % des électeurs inscrits ont voté, soit près de six millions de personnes. La participation atteignait 50,86 % en 2021 et 42,27 % en 2016.
Le recul dépasse donc largement la question de savoir quel parti arrive en tête. Il traduit au minimum une moindre mobilisation électorale, tandis que Reuters souligne un affaiblissement de la confiance envers les institutions politiques.
Pour le PAM, le défi sera de montrer que sa victoire produit un changement identifiable. Une coalition trop large, construite principalement autour du partage des portefeuilles, pourrait diluer sa responsabilité politique et rendre plus difficile la distinction entre l’ancien gouvernement et le nouveau.
El Mansouri devra ainsi concilier deux objectifs : réunir suffisamment de partenaires pour gouverner tout en conservant une ligne politique que les électeurs puissent clairement identifier.
Fatima Ezzahra El Mansouri attendue sur l’emploi et le pouvoir d’achat
Le PAM a placé la barre haut pendant la campagne. Son programme chiffre à 350 milliards de dirhams sur cinq ans l’ensemble de ses engagements et promet notamment au moins un million d’emplois nets sur la période 2027-2031. Le parti affirme également vouloir ramener le chômage à 7 % en 2031. Ces objectifs restent, à ce stade, des engagements électoraux et non des résultats acquis.
Le programme cible aussi le pouvoir d’achat, les salaires, les retraites, la santé, l’éducation ainsi que l’insertion des jeunes. Pendant la campagne, El Mansouri avait présenté ces propositions comme un « contrat pour cinq ans » permettant aux citoyens d’évaluer ensuite l’action des élus.
Cette promesse de résultats mesurables pourrait désormais devenir une contrainte politique. Le prochain gouvernement devra parallèlement gérer les investissements liés à la préparation de la Coupe du monde 2030, alors que les attentes sociales restent fortes. Reuters évalue à environ 20 milliards de dollars les préparatifs engagés autour du Mondial.
Le PAM joue désormais sa crédibilité au gouvernement
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri marque déjà une étape historique : elle devient la première femme à diriger le gouvernement marocain. Mais cette dimension symbolique ne suffira pas à garantir la réussite du mandat.
Le véritable test commence avec la formation de la coalition, puis avec la capacité du PAM à tenir une partie substantielle de ses engagements économiques et sociaux. Le parti a gagné dix sièges par rapport à 2021 et s’est installé en première position, sans obtenir pour autant un mandat majoritaire.
Pour El Mansouri, l’enjeu est donc double : gouverner avec des partenaires sans perdre l’identité du PAM et convaincre une population largement restée en dehors des urnes que le résultat du 23 septembre peut produire des changements concrets.




