À neuf jours des législatives marocaines du 23 septembre, Fouzi Lekjaâ occupe une place singulière dans la campagne du Parti authenticité et modernité (PAM). Son entrée remarquée en politique alimente les spéculations sur la primature, mais le ministre délégué au Budget assure n’avoir « jamais réfléchi » à cette possibilité.
Fouzi Lekjaâ transforme son ralliement au PAM en événement politique
Le patron de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a officiellement rejoint le PAM cet été, après une carrière principalement construite dans l’administration publique et le football. Son arrivée a immédiatement pris une dimension nationale, au point que plusieurs observateurs l’ont présenté comme un possible futur chef du gouvernement.
Fouzi Lekjaâ explique pourtant son choix autrement. Fin août, il affirmait que l’action politique lui offrait « une plus grande liberté » pour mettre trois décennies d’expérience au service du Maroc. Depuis, il est devenu l’un des principaux visages de la campagne du PAM, avec des interventions consacrées notamment au pouvoir d’achat, à l’emploi, à la santé et à l’éducation.
Le timing amplifie son exposition. La campagne officielle se déroule du 10 au 22 septembre, avant l’élection des 395 membres de la Chambre des représentants le 23 septembre. Vingt-sept partis participent au scrutin.
Premier ministre, une hypothèse qu’il dit ne pas avoir envisagée
La question de la primature accompagne Fouzi Lekjaâ depuis son ralliement. Elle repose notamment sur sa double expérience dans les finances publiques et le sport, alors que le prochain gouvernement devra superviser une période déterminante dans la préparation de la Coupe du monde 2030, organisée par le Maroc avec l’Espagne et le Portugal.
L’intéressé cherche toutefois à désamorcer cette lecture. « Premier ministre ? Je vais vous dire une chose, je n’y ai jamais réfléchi », affirme-t-il dans l’entretien dont est issue cette déclaration.
Sa décision de ne pas se présenter aux législatives avait déjà brouillé les scénarios. Annoncé un temps comme candidat à Berkane, son fief, Lekjaâ a finalement renoncé fin août. Il reste néanmoins fortement impliqué dans la campagne nationale du PAM.
Cette absence des listes ne suffit pas, à elle seule, à clore les spéculations. L’article 47 de la Constitution prévoit que le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le texte n’impose pas explicitement que cette personnalité soit elle-même députée.
Le PAM mise sur son profil économique et gestionnaire
Fouzi Lekjaâ ne limite pas ses interventions électorales au football. Devant la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), il a récemment défendu le secteur privé comme « locomotive » du développement et présenté plusieurs propositions sur l’emploi, la protection sociale et la formalisation de l’économie.
Le PAM a construit un programme évalué à 350 milliards de dirhams sur cinq ans. Il s’articule autour de cinq pactes et vingt engagements, avec notamment le pouvoir d’achat et l’insertion professionnelle des jeunes parmi ses priorités.
La situation politique reste néanmoins délicate. Le PAM appartient à la majorité gouvernementale sortante tout en faisant campagne sur la nécessité de « changer de cap ». À Casablanca, Lekjaâ a lui-même assumé cette contradiction en estimant que des erreurs devaient être corrigées, notamment face aux difficultés rencontrées par les ménages.
Le Mondial 2030 renforce encore son poids politique
Le football reste indissociable de l’image publique de Fouzi Lekjaâ. Président de la FRMF depuis 2014, il a accompagné la montée en puissance internationale du football marocain. Cette trajectoire donne désormais une dimension politique supplémentaire à son rôle, à quatre ans du Mondial 2030.
L’organisation du tournoi nécessitera de coordonner investissements, transports, stades, tourisme et aménagement urbain. Les milliards engagés dans ces chantiers placent naturellement le prochain gouvernement au centre du dispositif. C’est précisément cette convergence entre finances publiques et football qui nourrit les spéculations autour de Lekjaâ.
Son rôle dans le football africain l’expose aussi aux controverses. La finale de la CAN 2025 disputée contre le Sénégal et ses relations avec le président de la FIFA, Gianni Infantino, continuent ainsi d’alimenter les interrogations autour de son influence.
Pour l’heure, aucune information officielle ne permet cependant de présenter Fouzi Lekjaâ comme candidat à la primature. Le scrutin du 23 septembre devra d’abord déterminer quelle formation arrivera en tête et les rapports de force nécessaires à la constitution d’une coalition.
Son entrée au PAM a néanmoins déjà produit un résultat politique. Sans être candidat aux législatives, Fouzi Lekjaâ s’est imposé comme l’une des personnalités les plus visibles d’une campagne dont il assure ne pas avoir rejoint les rangs pour devenir Premier ministre.




