Le Cameroun traverse une période de forte instabilité après la réélection contestée du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Selon des sources des Nations unies relayées par Reuters ce mardi, la répression des manifestations déclenchées à la suite du scrutin aurait fait au moins 48 morts à travers le pays. Ces violences surviennent après l’annonce de la victoire de Biya avec 53,66 % des voix, face à son principal rival Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,19 % des suffrages.
« Tir à balle réelle » et bilan meurtrier dans plusieurs régions
D’après les informations recueillies par deux sources de l’ONU, les forces de sécurité camerounaises auraient fait usage de balles réelles contre la foule : « Les forces de sécurité camerounaises ont tiré à balle réelle sur la foule », rapporte Reuters. La majorité des victimes ont été abattues par balles. D’autres sont mortes sous les coups de matraques ou de bâtons. Les autorités camerounaises ne se sont pas encore exprimées officiellement sur le nombre exact de victimes.
La région du Littoral, incluant la ville de Douala, a été particulièrement touchée, avec près de la moitié des décès recensés par l’ONU. À Douala, les affrontements ont été d’une intensité rare, faisant aussi trois morts dans les rangs de la gendarmerie. Dix décès ont également été signalés dans la région du Nord, où se trouve Garoua, ville natale d’Issa Tchiroma. Le mouvement citoyen Stand Up for Cameroon affirme, lui, que le bilan serait d’au moins 23 morts la semaine dernière, uniquement lors des premières manifestations.
Pressions internationales et appels à la désobéissance civile
Sur la scène internationale, les réactions commencent à s’intensifier. Le sénateur américain Jim Risch, président de la commission des relations étrangères au Sénat, a dénoncé la situation dans un message alarmant sur X (ex-Twitter) : « Le Cameroun n’est pas un partenaire des États-Unis et présente des risques économiques et sécuritaires pour le peuple américain. Il est temps de réévaluer cette relation avant que les retombées ne s’aggravent ». Jim Risch accuse par ailleurs le gouvernement Biya d’avoir organisé une réélection « truquée », de poursuivre les opposants et même de « détenir illégalement des citoyens américains », sans donner davantage de détails.
Face à l’impasse politique, Issa Tchiroma Bakary, qui revendique la victoire, a appelé à un confinement national de trois jours à compter de lundi. Il exhorte ses partisans à suspendre leurs activités et à rester chez eux pour afficher pacifiquement leur rejet des résultats : « Une forme de résistance sans violence ». Si les manifestations se sont quelque peu apaisées cette semaine, la situation reste explosive dans un pays déjà fragilisé par des crises séparatistes et sociales. Dans ce climat tendu, le Cameroun retient son souffle, inquiet de voir une nouvelle crise politique dégénérer en cycle de violence prolongée.




