L’Afrique accélère le déploiement des identités biométriques mais les risques inquiètent

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De nombreux gouvernements africains mettent en place des systèmes d’identification numérique basés sur la biométrie. Ces dispositifs utilisent des caractéristiques physiques uniques comme les empreintes digitales, la reconnaissance faciale ou l’iris pour identifier les citoyens et leur donner accès à des services essentiels. Présentés comme des outils capables d’améliorer l’efficacité administrative et l’inclusion sociale, ces systèmes suscitent pourtant de vives inquiétudes. Un rapport du African Digital Rights Network, publié par l’Institute of Development Studies, met en lumière les limites et les dangers associés à leur déploiement sur le continent.

Des identités numériques devenues clés pour accéder aux services publics

Les systèmes d’identification numérique stockent des données personnelles sensibles. Ils combinent des informations biographiques comme le nom, la date de naissance ou l’adresse avec des données biométriques telles que les empreintes digitales ou la reconnaissance faciale.

Contrairement aux documents papier, ces identités sont lisibles par des machines et peuvent être vérifiées instantanément lorsque les bases de données sont connectées à internet. Cette technologie permet de confirmer l’identité d’une personne à distance et en quelques secondes.

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Dans plusieurs pays africains, ces systèmes deviennent progressivement indispensables pour accéder aux services publics. Les gouvernements les utilisent pour l’inscription sur les listes électorales, l’accès aux soins, à l’éducation ou encore aux programmes de protection sociale.

Certains pays ont déjà déployé ces infrastructures à grande échelle. Au Ghana, environ 19 millions de personnes ont été enregistrées dans le système GhanaCard entre 2017 et 2025, soit près de 95 % de la population adulte. En Éthiopie, le programme Fayda-ID compte déjà 28 millions d’inscriptions.

Au Sénégal, la carte nationale biométrique introduite par la loi en 2016 conditionne l’accès à plusieurs services comme l’ouverture d’un compte bancaire, l’obtention d’un numéro de téléphone ou encore l’accès à l’électricité et à l’eau. Environ 10 millions de personnes possèdent aujourd’hui cette carte, soit plus de 90 % de la population âgée de plus de 15 ans.

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Une adoption rapide mais marquée par de fortes inégalités

Malgré leur expansion rapide, ces systèmes laissent encore une partie importante de la population en marge. Le rapport souligne que des millions de personnes rencontrent des difficultés pour s’inscrire ou utilisent ces dispositifs avec méfiance. Certaines barrières sont techniques ou économiques. L’utilisation de services numériques suppose l’accès à un téléphone, à l’électricité et à des données mobiles, ce qui reste difficile dans certaines zones rurales.

D’autres obstacles concernent directement les capacités physiques des citoyens. Les personnes âgées, les travailleurs manuels ou celles souffrant de certaines maladies peuvent ne pas disposer d’empreintes digitales exploitables. Les problèmes de vision peuvent aussi empêcher la reconnaissance par scan de l’iris.

Dans plusieurs pays, des communautés entières se voient également refuser l’accès à l’identité légale. Au Kenya par exemple, des groupes comme les Somaliens, les Nubians ou les Pemba rencontrent des difficultés pour obtenir des documents officiels malgré des générations de présence dans le pays. Cette situation entraîne des conséquences concrètes. Sans identification officielle, ces populations se retrouvent exclues de l’éducation, du système de santé, des aides sociales ou encore du droit de vote.

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Des inquiétudes sur la surveillance et la protection des données

Le rapport souligne aussi les risques liés à la collecte massive de données biométriques. Contrairement aux mots de passe ou aux cartes d’identité classiques, les données biométriques sont permanentes. Une fuite ou une utilisation abusive de ces informations peut donc avoir des conséquences durables.

Les chercheurs alertent également sur le manque de cadres juridiques solides pour encadrer ces technologies. Huit des dix pays étudiés ne disposent d’aucune loi spécifique pour réguler les systèmes d’identification numérique. Même lorsque des règles existent, leur application reste souvent limitée. Les mécanismes de contrôle indépendant sont rares et les recours judiciaires pour les citoyens restent insuffisants.

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La dépendance envers des fournisseurs technologiques étrangers soulève aussi des questions. Le rapport indique que la pression pour adopter ces systèmes provient parfois de bailleurs internationaux ou d’entreprises privées qui développent ces infrastructures.

Selon les auteurs de l’étude, sans garanties juridiques fortes, ces programmes risquent d’accentuer les inégalités plutôt que de favoriser l’inclusion. Les experts recommandent donc la mise en place de lois de protection des données plus robustes, de mécanismes de contrôle indépendants et de normes régionales harmonisées afin d’assurer que les systèmes d’identité numérique respectent les droits fondamentaux.

Enagnon Wilfried ADJOVI
Enagnon Wilfried ADJOVI
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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