Le Burkina Faso a officiellement voté le rétablissement de la peine de mort pour plusieurs crimes, notamment le terrorisme, l’espionnage et la trahison. Adopté à l’unanimité le 20 octobre 2026, le nouveau Code pénal marque un tournant majeur dans la politique judiciaire du pays, huit ans après la suppression de la peine capitale pour les crimes de droit commun.
Quels crimes sont passibles de la peine de mort au Burkina Faso ?
L’Assemblée législative du peuple (ALP) a approuvé, mardi 20 octobre, la révision du Code pénal burkinabè. Les 71 parlementaires votants ont soutenu le texte présenté par le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala.
Cette réforme réintroduit la peine capitale pour plusieurs infractions considérées comme particulièrement graves par les autorités.
Selon les explications du ministre, cinq catégories principales de crimes sont concernées :
- Le terrorisme : les actes terroristes et certaines formes de complicité prévues par la loi.
- L’espionnage : les activités d’espionnage sanctionnées par les nouvelles dispositions pénales.
- La trahison : notamment les actes portant gravement atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État.
- Le parricide : le meurtre d’un père ou d’une mère.
- L’importation de produits périmés ou prohibés : lorsque ces produits provoquent la mort.
Les nouvelles dispositions concernent également les complices dans les conditions définies par la législation.
Le vote parlementaire constitue une étape décisive. Toutefois, les informations publiées ne permettent pas encore de confirmer l’ensemble des modalités d’application du nouveau dispositif, notamment sa date précise d’entrée en vigueur.
Pourquoi Ibrahim Traoré rétablit-il la peine capitale ?
Le rétablissement de la peine de mort intervient dans un contexte de crise sécuritaire persistante au Burkina Faso.
Depuis plus d’une décennie, le pays affronte des attaques de groupes armés liés notamment à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Ces violences ont provoqué des milliers de décès et d’importants déplacements de populations.
Les autorités dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré considèrent le durcissement des sanctions pénales comme un moyen supplémentaire de lutter contre cette insécurité.
Le ministre Edasso Rodrigue Bayala a notamment expliqué que certains groupes terroristes utiliseraient la relative clémence des peines pour attirer de nouvelles recrues.
Selon lui, ces organisations feraient valoir que leurs membres ne risquent pas davantage que la prison à perpétuité en cas d’arrestation.
Le gouvernement souhaite donc renforcer le caractère dissuasif de la justice pénale.
Cette orientation avait déjà été annoncée le 4 décembre 2025, lorsque le Conseil des ministres avait adopté le projet de nouveau Code pénal.
Le vote du 20 octobre 2026 concrétise cette volonté politique. Il ne démontre toutefois pas, à lui seul, que la peine capitale permettra de réduire les attaques terroristes.
Pourquoi la peine de mort avait-elle été supprimée en 2018 ?
Le Burkina Faso avait retiré la peine capitale de son Code pénal en 2018, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré.
Cette réforme avait supprimé la peine de mort pour les crimes de droit commun, dans le cadre d’une évolution de la législation pénale.
La dernière exécution judiciaire connue dans le pays remonte à 1988, selon Amnesty International.
Le rétablissement de cette sanction représente donc une rupture avec une orientation juridique adoptée huit ans auparavant.
Il suscite également des inquiétudes parmi les organisations internationales de défense des droits humains.
Dans une réaction publiée le 21 octobre, Human Rights Watch a dénoncé cette décision. L’organisation redoute notamment que la peine capitale puisse être utilisée contre des personnes critiques envers les autorités militaires.
Elle souligne également les difficultés du système judiciaire burkinabè, particulièrement dans le traitement des affaires de terrorisme.
Pour les défenseurs des droits humains, le caractère irréversible d’une exécution rend indispensables des garanties judiciaires particulièrement strictes.
Quelles autres sanctions prévoit le nouveau Code pénal ?
La réintroduction de la peine de mort constitue la mesure la plus remarquée, mais la réforme judiciaire burkinabè dépasse cette seule question.
Le nouveau Code pénal comprend 933 articles et modifie plusieurs dispositions relatives aux infractions économiques, aux amendes et aux sanctions pénales.
Concernant les détournements de fonds publics, certaines infractions particulièrement importantes pourront être punies de la réclusion à perpétuité.
Le gouvernement prévoit également des amendes proportionnelles aux sommes détournées, selon un barème progressif.
Le texte réintroduit par ailleurs les délits de presse et renforce différentes dispositions relatives à la protection des personnes et des biens.
Pour les autorités, ces changements doivent permettre d’adapter la législation aux nouvelles formes de criminalité.
Leur mise en œuvre soulève néanmoins des enjeux importants concernant les droits fondamentaux, les garanties judiciaires et la proportionnalité des sanctions.
Avec ce nouveau Code pénal, le Burkina Faso engage ainsi une transformation majeure de son système répressif. L’application concrète de ces dispositions permettra d’en mesurer les conséquences sur la justice et la sécurité du pays.




