L’Afrique a remporté sa bataille diplomatique sur la nouvelle carte du monde, mais le plus difficile commence maintenant. Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté par 164 voix contre une et six abstentions la résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe africain. Elle encourage l’utilisation de projections qui respectent davantage la superficie réelle des continents, contrairement à Mercator. Le texte n’est toutefois pas contraignant.
Après le vote, le véritable rapport de force se déplace donc vers les écoles, les éditeurs et les plateformes numériques.
L’Afrique transforme une revendication cartographique en vote mondial
Le résultat du scrutin dépasse largement les 55 membres de l’Union africaine. 164 États ont soutenu la résolution, les États-Unis ont voté contre et six pays se sont abstenus.
Cette majorité constitue l’aboutissement d’une mobilisation menée par le Togo. Lomé a défendu le texte au nom du Groupe africain et travaillé avec l’Union africaine pour convaincre des États extérieurs au continent. La France a notamment coparrainé la résolution.
Au cœur de cette offensive se trouve la projection de Mercator. Créée au XVIe siècle pour faciliter la navigation maritime, elle agrandit fortement les territoires proches des pôles. L’Europe, l’Amérique du Nord ou le Groenland apparaissent ainsi beaucoup plus imposants par rapport aux régions équatoriales.
L’exemple africain est spectaculaire. Sur une carte de Mercator, le Groenland peut sembler presque aussi grand que l’Afrique. Pourtant, le continent africain est environ quatorze fois plus vaste.
Pour le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, cette différence n’est pas seulement technique. Les cartes utilisées pendant des générations influencent aussi la manière dont les populations imaginent le poids relatif des différentes régions du monde.
Equal Earth change surtout la place visuelle de l’Afrique
La résolution encourage notamment la projection Equal Earth, créée en 2018. Celle-ci conserve beaucoup mieux les superficies relatives des continents tout en proposant un planisphère facilement utilisable.
L’Afrique retrouve alors une dimension visuelle beaucoup plus proche de sa superficie réelle. L’Amérique du Sud et l’Asie du Sud apparaissent également plus importantes, tandis que les régions situées aux hautes latitudes perdent l’agrandissement produit par Mercator.
Il serait toutefois incorrect de parler d’une carte parfaitement fidèle. Transformer une planète sphérique en surface plane entraîne nécessairement des déformations. Equal Earth privilégie la conservation des superficies, mais modifie certaines formes et distances.
La résolution ne supprime donc pas Mercator. Cette projection reste particulièrement utile pour certains usages liés à la navigation. Elle demande plutôt aux institutions d’éviter de l’utiliser comme représentation générale lorsque l’objectif consiste à comparer la taille des territoires.
Après l’ONU, la bataille se jouera dans les salles de classe
Le vote du 4 septembre n’oblige aucun gouvernement à remplacer immédiatement ses cartes. C’est précisément pourquoi les manuels scolaires deviennent le prochain terrain de la campagne africaine.
L’Union africaine appelle désormais les systèmes éducatifs, institutions internationales, éditeurs et acteurs du numérique à adopter progressivement des représentations respectant davantage les superficies réelles.
Le Togo veut montrer l’exemple. Selon Reuters, le pays prévoit de modifier ses supports scolaires de géographie d’ici à la fin de 2026. Lomé souhaite également poursuivre les discussions avec les entreprises proposant des services de cartographie et de localisation.
La France a déjà annoncé une évolution comparable. Paris a choisi la projection Eckert IV pour ses représentations officielles du monde, une autre projection qui respecte les superficies relatives.
L’enjeu est considérable. Une génération d’élèves qui découvre l’Afrique avec Equal Earth ne construit pas exactement la même représentation mentale du monde qu’une génération formée avec Mercator.
La victoire diplomatique du 4 septembre ne constitue donc qu’une première étape. Le vote africain a convaincu l’ONU. Il faut désormais convaincre les ministères de l’Éducation, les éditeurs, les médias et les géants du numérique.
C’est seulement lorsque la nouvelle carte arrivera sur les murs des classes et dans les manuels que « Correct the Map » aura véritablement changé la manière dont le monde regarde l’Afrique.




