Pétrole : cinq pays captent 93 % du brut sénégalais, et aucun n’est africain

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Le pétrole sénégalais s’exporte massivement, mais presque pas vers ses voisins africains. En 2025, cinq pays ont absorbé à eux seuls 93 % du brut extrait du champ de Sangomar. Les Pays-Bas dominent, devant la Chine, l’Italie, l’Espagne et les États-Unis. Dans le même temps, la valeur des exportations sénégalaises de pétrole brut a dépassé 1 500 milliards de FCFA.

Ces chiffres illustrent la réussite commerciale des débuts pétroliers du Sénégal, mais soulèvent aussi une question : pourquoi le brut quitte-t-il l’Afrique alors que le continent importe encore massivement des produits pétroliers ?

Cinq pays achètent presque tout le pétrole sénégalais

Le Sénégal produit du pétrole depuis juin 2024 avec la mise en exploitation du champ offshore de Sangomar. L’année 2025 constitue donc son premier exercice complet de production et de commercialisation.

Les résultats sont spectaculaires. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), les exportations de pétrole brut ont atteint 1 528 milliards de FCFA en 2025, contre seulement 464 milliards en 2024.

Cette manne repose toutefois sur un nombre très limité de clients. Les Pays-Bas captent 32 % des exportations de brut de Sangomar. La Chine arrive juste derrière avec 25,3 %.

L’Italie représente ensuite 14,7 %, devant l’Espagne avec 13,6 % et les États-Unis avec 7,4 %. Ensemble, ces cinq marchés absorbent exactement 93 % du pétrole exporté.

La géographie des ventes est donc claire. Trois des cinq principaux clients sont européens, un asiatique et un américain. Aucun pays africain n’apparaît parmi eux.

L’Europe s’impose comme le premier débouché de Sangomar

À l’échelle continentale, l’écart est encore plus visible. Le Sénégal a vendu pour 978,6 milliards de FCFA de pétrole brut à l’Europe en 2025, contre 427,6 milliards vers l’Asie.

Les Pays-Bas occupent une position particulière. Rotterdam possède l’un des principaux complexes portuaires, pétroliers et de raffinage européens. Une cargaison débarquée aux Pays-Bas ne signifie donc pas nécessairement que tout le pétrole sera consommé dans le pays. Le brut peut être raffiné ou redistribué vers d’autres marchés.

Pour le Sénégal, cette demande internationale contribue directement à la transformation de son commerce extérieur. Les exportations totales du pays sont passées de 3 909 milliards de FCFA en 2024 à 5 805 milliards en 2025, soit une progression de 48,5 %. Le pétrole et le gaz expliquent une part importante de cette hausse.

La tendance se poursuit en 2026. En juin, le pétrole brut représentait encore 87,7 milliards de FCFA d’exportations sénégalaises, malgré une forte baisse par rapport aux 208,8 milliards enregistrés en mai.

Pourquoi le pétrole ne reste-t-il pas davantage en Afrique ?

L’absence de pays africain dans le top 5 peut sembler paradoxale. Le continent produit du pétrole, mais reste confronté à un déficit de capacités de raffinage dans plusieurs régions. De nombreux États exportent ainsi du brut tout en important de l’essence, du diesel ou d’autres produits raffinés.

Le pétrole de Sangomar suit d’abord une logique commerciale. Les cargaisons sont dirigées vers les acheteurs et raffineries capables de les traiter dans des conditions compétitives. L’existence d’une production sénégalaise ne crée donc pas automatiquement un marché régional pour ce brut.

Le Sénégal possède pourtant la Société africaine de raffinage (SAR). Sa capacité reste toutefois très inférieure aux volumes que peut produire Sangomar. Le pays cherche justement à moderniser et augmenter ses capacités de raffinage afin de mieux exploiter localement ses hydrocarbures.

L’enjeu dépasse le seul Sénégal. Une meilleure intégration énergétique africaine permettrait théoriquement de conserver davantage de valeur sur le continent, notamment grâce au raffinage, au transport et à la pétrochimie.

Pour Dakar, les 1 528 milliards de FCFA de pétrole exportés en 2025 constituent déjà une réussite majeure. Mais la destination des cargaisons révèle l’autre défi de l’ère pétrolière sénégalaise : ne pas rester uniquement producteur d’un brut expédié vers les grandes infrastructures industrielles étrangères.

Aujourd’hui, cinq pays captent 93 % de Sangomar. Le prochain enjeu sera peut-être moins de produire davantage que de déterminer quelle part de cette nouvelle richesse énergétique peut être transformée au Sénégal et, plus largement, en Afrique.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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