La CEDEAO finance l’agroécologie au Togo au moment où son influence politique régionale est contestée. Un programme doté de 20 millions d’euros, soutenu par l’Union européenne et l’Agence française de développement, doit accélérer la transition agricole en Afrique de l’Ouest. Vingt projets ont été retenus, dont trois concernent directement le Togo. Derrière les sols et les rendements se joue aussi une bataille institutionnelle. Depuis le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la CEDEAO doit prouver aux populations qu’elle reste utile au quotidien.
Au Togo, la CEDEAO met des millions directement sur le terrain
La CEDEAO finance l’agroécologie au Togo à travers son Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation, installée à Lomé. L’objectif n’est plus de multiplier de petites expérimentations, mais de diffuser à grande échelle des pratiques agricoles déjà éprouvées.
Plus de 12 millions d’euros sont consacrés directement aux projets sélectionnés. L’appel à propositions avait attiré 277 candidatures. Après deux phases d’évaluation, 20 projets ont obtenu un financement.
Trois doivent être déployés au Togo. Ils doivent notamment favoriser une meilleure gestion des sols et de l’eau et renforcer les capacités des producteurs. L’enjeu est concret dans un pays où une grande partie de la population rurale dépend encore directement de l’agriculture.
D’autres investissements montrent cette orientation. En juin, l’ARAA lançait au Togo un marché pour réaliser douze forages solaires et aménager 40 hectares de maraîchage irrigué dans les régions des Savanes et de la Kara. Un second projet prévoit 71 bassins de collecte des eaux et 142 motopompes.
La CEDEAO cherche ainsi à rendre son action visible dans les champs, bien loin des sommets de chefs d’État auxquels son image reste souvent associée.
Après la rupture avec l’AES, l’utilité devient un argument politique
Cette stratégie prend une dimension particulière depuis le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO en janvier 2025. Les trois pays ont créé l’Alliance des États du Sahel et accusent régulièrement l’organisation ouest-africaine d’être trop dépendante des puissances étrangères.
Le financement de l’agroécologie révèle justement cette contradiction. La CEDEAO pilote le programme, mais une partie importante des moyens provient de l’Union européenne et de l’Agence française de développement. L’institution régionale reste donc dépendante de partenaires extérieurs pour financer certaines politiques qu’elle présente comme régionales.
Cela ne rend pas les projets inutiles. Pour un agriculteur bénéficiant d’un système d’irrigation ou d’une technique permettant de préserver ses sols, l’origine politique du financement importe probablement moins que son résultat.
Mais pour la CEDEAO, chaque projet devient aussi une démonstration.
L’organisation doit montrer que l’intégration régionale produit autre chose que des communiqués, des sanctions ou la libre circulation. Agriculture, sécurité alimentaire, infrastructures et commerce deviennent autant de moyens de prouver qu’appartenir à l’espace communautaire procure des avantages mesurables.
Le Togo constitue un terrain idéal. Lomé accueille le siège de l’ARAA et reste fortement engagé dans les dispositifs agricoles communautaires. En juillet, l’agence présentait encore aux autorités togolaises les résultats du programme PRIMA, destiné notamment à faciliter les échanges agricoles entre le Togo et le Bénin.
Les millions ne suffiront pas à restaurer la confiance
La CEDEAO ne pourra toutefois pas résoudre sa crise de légitimité uniquement avec des financements.
Son problème est aussi politique. Une partie de l’opinion ouest-africaine lui reproche d’avoir réagi fortement aux coups d’État tout en se montrant moins ferme face aux modifications constitutionnelles ou aux reculs démocratiques dans certains États membres.
Des forages ou des subventions agricoles ne feront pas disparaître ce débat.
En revanche, ils peuvent déplacer progressivement la perception de l’organisation. La CEDEAO révise actuellement sa politique agricole commune, l’ECOWAP, afin de fixer ses priorités pour la prochaine décennie. Elle travaille également sur de nouveaux mécanismes régionaux destinés à financer les réponses aux crises alimentaires.
L’enjeu dépasse donc les trois projets togolais. La question est de savoir si l’institution peut reconstruire sa légitimité par les services qu’elle apporte.
Les 20 millions d’euros consacrés à l’agroécologie peuvent améliorer des exploitations et renforcer la résilience agricole. Ils ne permettront pas d’acheter automatiquement l’adhésion des populations.
Pour retrouver son influence, la CEDEAO devra surtout démontrer que ses millions produisent des résultats visibles. Dans une Afrique de l’Ouest politiquement fragmentée, l’efficacité pourrait désormais peser davantage que les discours sur l’intégration.




