RDC : la guerre prive près d’un demi-million d’enfants d’école

Date:

En RDC, les enfants privés d’école sont désormais près de 500 000, alors que 1 131 établissements restent fermés. Derrière ces chiffres, les conflits transforment les écoles en cibles, en abris ou en bâtiments inutilisables.

Près de 492 000 enfants ne peuvent plus aller à l’école

Une semaine après la rentrée scolaire, 491 578 enfants restent privés de cours en République démocratique du Congo. Ces données proviennent du Cluster Éducation, mécanisme de coordination piloté par l’UNICEF et Save the Children avec les autorités congolaises.

Au total, 1 131 établissements étaient toujours fermés selon les données arrêtées au 31 juillet. Le rapport repose sur les informations recueillies dans 12 des 26 provinces du pays, ce qui signifie qu’il ne constitue pas un recensement exhaustif de toute la RDC.

Les conflits et l’insécurité expliquent 45 % des incidents ayant conduit à ces fermetures. L’occupation des écoles représente 21 % des cas, leur destruction 17 % et les attaques directes 7 %.

Le Sud-Kivu concentre plus de la moitié des élèves concernés

La situation apparaît particulièrement critique dans l’est du pays. À lui seul, le Sud-Kivu compte 462 écoles fermées et 261 223 enfants privés d’enseignement.

Le Nord-Kivu arrive ensuite avec 241 établissements fermés et 81 715 enfants concernés. En Ituri, 129 écoles ne fonctionnent plus normalement, ce qui empêche 45 124 élèves de poursuivre leur scolarité.

Dans certaines localités, les enseignants cherchent des solutions de fortune. À Masisi-centre, dans le Nord-Kivu, sept écoles ont par exemple transféré leurs cours dans une cantine paroissiale.

Ces perturbations interviennent dans des provinces confrontées depuis des années aux violences armées. La reprise des offensives de l’AFC/M23 a notamment aggravé la crise dans les Nord et Sud-Kivu.

Plus de 2,3 millions d’élèves directement affectés

Les fermetures ne montrent qu’une partie de l’impact du conflit sur l’éducation. Le Cluster Éducation recense 6 745 établissements touchés par différents incidents et plus de 2,3 millions d’enfants directement affectés.

Le Nord-Kivu concentre près de 754 000 de ces élèves, contre environ 686 000 au Sud-Kivu et 333 000 au Kasaï. Plus de 94 000 enseignants sont également concernés.

Certaines écoles restent ouvertes mais fonctionnent dans des conditions fortement dégradées. D’autres accueillent des personnes déplacées ou ont subi des destructions qui réduisent leur capacité d’accueil.

Cette crise ne date pas de la rentrée 2026. En février 2025, l’UNICEF alertait déjà sur la fermeture de plus de 2 500 écoles et espaces d’apprentissage au Nord et au Sud-Kivu après une nouvelle escalade des combats.

La déscolarisation expose les enfants à d’autres violences

La fermeture d’une école ne signifie pas uniquement la perte de plusieurs mois d’apprentissage. Dans les zones de conflit, l’établissement scolaire constitue aussi un espace de protection.

Les organisations humanitaires alertent notamment sur le risque de recrutement d’enfants par les groupes armés. Une déscolarisation prolongée augmente également leur exposition aux violences sexuelles, aux mariages précoces, au travail des enfants et aux déplacements répétés.

L’UNICEF soutient des espaces temporaires d’apprentissage et développe d’autres solutions, comme les cours par radio ou les programmes accélérés. Ces dispositifs permettent de maintenir un lien avec l’enseignement, mais ils restent difficiles à déployer partout lorsque les combats se poursuivent.

Avec près de 492 000 élèves actuellement privés de cours dans les provinces documentées, la guerre menace ainsi de transformer une crise sécuritaire en crise générationnelle. Pour ces enfants privés d’école en RDC, le retour durable en classe dépend désormais autant de la réponse éducative que de l’évolution des conflits.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

Partager sur:

Newsletter

Les plus récents

Articles similaires
connexes

Migrants expulsés vers l’Afrique : les accords secrets de Trump

Les migrants expulsés vers l’Afrique sont devenus un élément...

Tourisme d’affaires : Cotonou défie Abidjan et Dakar

Le tourisme d’affaires devient un nouveau terrain de concurrence...

Macky Sall à l’ONU : sa candidature recule au troisième vote

La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire...

Migrants expulsés vers l’Afrique : la mécanique Trump

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche,...