Mines au Mali : Washington lorgne l’or et le lithium

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Les mines au Mali attirent désormais plus ouvertement l’attention de Washington, qui cherche à renforcer l’accès américain aux minerais stratégiques face à la Chine. Une rencontre organisée fin septembre à Bamako montre toutefois qu’il s’agit encore d’une démarche exploratoire, et non de projets miniers américains déjà conclus.

Les mines au Mali au cœur d’une rencontre américaine

Le 24 septembre, l’ambassade des États-Unis à Bamako a réuni une vingtaine de spécialistes du secteur minier et de la sécurité. Selon Jeune Afrique, la rencontre, organisée avec discrétion, était pilotée par James Conroy, conseiller politique de l’ambassade américaine.

Une note conceptuelle consultée par le média expose l’un des objectifs : fournir aux partenaires et entreprises américaines des pistes permettant de favoriser « l’engagement commercial et le partenariat économique » à long terme.

Cette initiative ne signifie donc pas que Washington a obtenu des concessions minières au Mali. Elle montre plutôt que l’administration Trump étudie les possibilités offertes par un pays riche en or et désormais producteur de lithium, deux ressources dont l’importance économique et stratégique s’est fortement accrue.

Cette démarche intervient alors que les États-Unis cherchent plus largement à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques et à réduire leur dépendance envers les chaînes de transformation dominées par la Chine.

Le lithium malien déjà étroitement lié à la Chine

Washington arrive cependant sur un terrain où des groupes chinois disposent déjà d’importants avantages. Le projet de lithium de Bougouni illustre cette avance.

Kodal Minerals détient 49 % de Kodal Mining UK, contre 51 % pour le groupe chinois Hainan Mining. La société commune contrôle elle-même 65 % de la mine, le solde revenant à des entités publiques maliennes. La production commerciale a commencé fin 2025.

Plus révélateur encore, la totalité du concentré de spodumène produit à Bougouni fait l’objet d’un accord d’enlèvement avec Hainan. Les premières cargaisons ont été expédiées vers la Chine, où se trouvent les installations de transformation du partenaire.

Le Mali dispose également de la mine de Goulamina. Cette montée en puissance explique pourquoi le pays intéresse les puissances qui veulent sécuriser les matériaux nécessaires aux batteries, aux technologies numériques et à certaines applications industrielles.

L’or reste un enjeu économique majeur pour Bamako

L’intérêt américain ne se limite pas au lithium. Le Mali reste l’un des producteurs d’or importants d’Afrique, même si sa production industrielle a fortement reculé en 2025.

Elle est tombée à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024, soit une baisse de près de 23 %. L’arrêt prolongé du complexe Loulo-Gounkoto de Barrick a largement contribué à cette contraction.

Malgré ce recul, les recettes versées à l’État par les compagnies aurifères ont atteint un record de 888,5 milliards de francs CFA en 2025, soit environ 1,57 milliard de dollars. La hausse du prix de l’or a compensé une partie de la diminution des volumes produits.

Ces chiffres montrent pourquoi le secteur reste stratégique pour Bamako. L’or constitue une source majeure de recettes publiques, tandis que le lithium offre au pays une possibilité de diversifier progressivement son industrie extractive.

Washington devra composer avec la nouvelle doctrine malienne

L’intérêt des États-Unis intervient aussi après un durcissement de la politique minière malienne. Le Code minier adopté en 2023 a relevé les prélèvements et renforcé la participation de l’État et des intérêts nationaux dans plusieurs projets.

Bamako a ensuite renégocié différents accords concernant notamment Fekola, Sadiola, Syama, Goulamina et Bougouni. Le nouveau cadre peut porter la participation de l’État et des investisseurs locaux à au moins 35 % dans certains projets.

Le gouvernement continue parallèlement d’accorder ou de renouveler des permis d’exploration. En août 2026, il a notamment renouvelé des permis de recherche de lithium à Faraba et Gouna ainsi qu’un permis de recherche d’or à Kangaré.

Pour l’administration Trump, l’enjeu dépasse donc la simple identification de gisements. Les entreprises américaines devront rivaliser avec des acteurs chinois déjà implantés, satisfaire les nouvelles exigences de souveraineté économique de Bamako et gérer un environnement sécuritaire complexe. La réunion du 24 septembre marque surtout le début d’un rapprochement potentiel : la traduction de cet intérêt en investissements concrets reste encore à démontrer.

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