La présence chinoise dans les minerais critiques en RDC atteint un niveau inédit : des entreprises liées à la Chine sont désormais parties prenantes dans 49 projets miniers, selon un décompte publié par Jeune Afrique. Ce chiffre confirme une domination déjà visible dans le cuivre et le cobalt, deux ressources stratégiques pour les batteries, les réseaux électriques et l’industrie mondiale.
Les acteurs chinois présents dans 49 projets miniers en RDC
Le chiffre de 49 projets ne signifie pas que la Chine possède seule 49 mines en exploitation. La notion de « partie prenante » englobe différentes formes de présence, notamment des participations au capital, des coentreprises et des projets associant des entreprises chinoises à des partenaires congolais ou étrangers. Le décompte publié le 19 septembre marque néanmoins un nouveau sommet pour les intérêts chinois dans le secteur minier congolais.
Cette progression repose principalement sur le cuivre et le cobalt. Un rapport 2026 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) estime que les opérateurs liés à des intérêts chinois représentaient environ 78 % de la production congolaise de cuivre en 2023 et 65 % de celle de cobalt. Six des dix principaux producteurs de cuivre étaient directement contrôlés par des groupes chinois.
La RDC occupait cette même année une position exceptionnelle sur le marché mondial, avec environ 70,8 % de la production de cobalt et 12,7 % de celle de cuivre, selon les données reprises par l’ITIE. Cette concentration donne aux choix d’investissement en RDC une portée bien au-delà des frontières congolaises.
CMOC, Zijin et CNMC contrôlent des actifs stratégiques
Parmi les groupes les plus importants figure CMOC, propriétaire à 80 % de Tenke Fungurume Mining, l’un des principaux complexes cuivre-cobalt au monde. Le groupe chinois contrôle également Kisanfu aux côtés notamment du fabricant de batteries CATL. Tenke Fungurume appartenait auparavant en majorité à l’américain Freeport-McMoRan, avant son rachat par CMOC à partir de 2016.
Zijin Mining détient pour sa part 39,6 % de Kamoa-Kakula aux côtés d’Ivanhoe Mines, ainsi qu’une participation majoritaire dans la Compagnie minière de Musonoie. China Nonferrous Metal Mining Corporation est notamment présente dans Deziwa, tandis que China Railway intervient dans Sicomines. MMG, contrôlé par China Minmetals, exploite Kinsevere.
La domination chinoise ne repose donc pas sur un seul contrat, mais sur un réseau d’actifs acquis ou développés progressivement depuis près de deux décennies.
Pékin renforce encore sa coopération minière avec Kinshasa
Cette implantation continue de progresser. Le 26 mars 2026, la RDC et la Chine ont signé à Pékin un mémorandum sur la coopération dans la géologie et les ressources minérales. Le texte prévoit notamment davantage de coopération institutionnelle, la protection des investissements et la promotion de la transformation locale des minerais.
Kinshasa présente cet accord comme un partenariat orienté vers la « création de valeur pour les deux pays ». Quelques jours auparavant, le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, avait également rencontré China Minmetals pour discuter de nouvelles extensions. Selon la partie congolaise, le groupe avait mobilisé plus de 600 millions de dollars sur deux ans dans le pays.
L’enjeu pour la RDC consiste désormais à transformer cette présence étrangère en davantage d’emplois, de recettes publiques et surtout de capacités locales de traitement.
La RDC cherche aussi à diversifier ses partenaires
Kinshasa ne souhaite toutefois pas dépendre d’un seul partenaire. Le gouvernement a accéléré en septembre la mise en œuvre de son partenariat stratégique sur les minerais avec les États-Unis en créant une « DRC-USA Task Force ». Washington cherche notamment à sécuriser des approvisionnements alternatifs en cuivre et cobalt face au poids chinois.
La RDC utilise parallèlement sa puissance sur le marché du cobalt. Après avoir limité les exportations pour soutenir les cours, le régulateur ARECOMS a instauré un système de quotas et repris les volumes non utilisés afin de les réaffecter à des projets jugés stratégiques.
Les 49 projets recensés montrent donc moins une arrivée soudaine de la Chine qu’un approfondissement d’une implantation ancienne. Pour Kinshasa, la question centrale n’est plus seulement de savoir qui extrait les minerais critiques, mais quelle part de leur valeur économique restera effectivement en RDC.




