AES-CEDEAO : les 3 exigences avant les négociations à Dakar

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L’Alliance des États du Sahel (AES) a fixé trois exigences pour les négociations avec la CEDEAO, prévues les 17 et 18 octobre 2026 à Dakar. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent préserver leur souveraineté, consolider leur Confédération et protéger les intérêts de leurs populations, notamment la libre circulation des personnes et des marchandises.

Quelles sont les trois exigences de l’AES face à la CEDEAO ?

À la veille des négociations de Dakar, les trois pays sahéliens ont adopté une position commune. Leurs ministres des Affaires étrangères se sont réunis vendredi 16 octobre à Ouagadougou pour définir les priorités de leur délégation.

La première exigence concerne le respect de la souveraineté des États membres de l’AES. Les autorités maliennes, burkinabè et nigériennes souhaitent conserver leur autonomie dans leurs choix politiques, diplomatiques et institutionnels.

La deuxième priorité porte sur la consolidation de la Confédération des États du Sahel. Créée en juillet 2024, cette structure constitue désormais le principal cadre de coopération entre les trois pays.

Enfin, la troisième exigence vise la protection des intérêts des populations. Les ministres accordent une importance particulière au maintien de la libre circulation des personnes et des biens.

Ces orientations ont été défendues par Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, son homologue malien, et Bakary Yaou Sangaré, chef de la diplomatie nigérienne.

Selon les autorités burkinabè, les discussions devront déboucher sur de nouveaux arrangements juridiques et institutionnels entre les deux organisations.

Pourquoi l’AES et la CEDEAO négocient-elles au Sénégal ?

Les négociations AES-CEDEAO interviennent après une rupture institutionnelle majeure en Afrique de l’Ouest.

Le 28 janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Ce départ est devenu effectif le 29 janvier 2025.

Les trois gouvernements dénonçaient notamment les sanctions imposées par l’organisation régionale et ses prises de position face aux changements politiques intervenus dans leurs pays.

Depuis cette séparation, plusieurs initiatives diplomatiques ont cherché à préserver les relations entre les deux ensembles.

Le Sénégal joue un rôle particulier dans ce processus. Son président, Bassirou Diomaye Faye, avait été désigné facilitateur par la CEDEAO en juillet 2024, aux côtés du président togolais Faure Gnassingbé.

Les consultations prévues à Dakar constituent les premières négociations formelles entre les deux organisations depuis le retrait de l’AES.

Elles font suite à plusieurs rencontres préparatoires, notamment à Niamey en février 2025 et à Bamako en mai 2025.

L’objectif n’est pas nécessairement de faire revenir les trois pays dans la CEDEAO, mais de définir les conditions de leur future coopération.

Libre circulation et commerce : que risquent les populations ?

La question de la libre circulation constitue l’un des enjeux majeurs des négociations de Dakar.

Malgré leur retrait de la CEDEAO, le Mali, le Burkina Faso et le Niger conservent des liens économiques importants avec les pays côtiers.

Leurs échanges commerciaux dépendent notamment des corridors routiers qui relient les territoires sahéliens aux ports du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo.

Une modification des règles commerciales pourrait donc avoir des conséquences sur le transport des marchandises et les coûts d’approvisionnement.

Les déplacements des travailleurs, des commerçants et des familles constituent un autre sujet sensible.

Depuis janvier 2025, la CEDEAO a maintenu certaines facilités de circulation au bénéfice des ressortissants des trois pays, dans l’attente de nouveaux arrangements.

Les négociations doivent permettre de clarifier ces dispositions et de réduire les incertitudes juridiques.

La coopération sécuritaire représente également un enjeu important, notamment face aux violences jihadistes dans les régions frontalières.

Quel accord la CEDEAO propose-t-elle à l’AES ?

De son côté, la CEDEAO prépare également une position commune pour les discussions.

Vendredi 16 octobre, son président de Commission, le général Birame Diop, a demandé aux ministres des Affaires étrangères de définir un mandat clair pour les équipes chargées des négociations.

L’organisation travaille sur un projet d’accord-cadre couvrant 18 domaines prioritaires de coopération.

Ce document pourrait servir de base aux futurs rapports entre les deux blocs, mais son adoption dépendra des compromis trouvés.

À l’ouverture des consultations du 17 octobre, aucun accord définitif n’est encore annoncé.

Les deux parties devront notamment concilier les exigences de souveraineté de l’AES avec les intérêts économiques et institutionnels défendus par la CEDEAO.

Les discussions de Dakar pourraient ainsi poser les bases d’une nouvelle architecture de coopération ouest-africaine.

Pour les populations, le principal enjeu reste concret : préserver les échanges commerciaux, faciliter les déplacements et maintenir les mécanismes de coopération malgré la séparation politique des deux ensembles.

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