Dix ans après le début de la crise anglophone au Cameroun, l’avocat et défenseur des droits humains Felix Agbor Balla réclame un véritable dialogue politique pour mettre fin au conflit. Favorable au retour du fédéralisme, il estime que les autorités doivent reconnaître les revendications des populations anglophones pour parvenir à une paix durable.
Pourquoi Felix Agbor Balla appelle-t-il au dialogue ?
Le conflit anglophone au Cameroun continue de provoquer des violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, communément appelées Noso.
À l’occasion du dixième anniversaire de la crise, Felix Agbor Balla a renouvelé son appel à une solution négociée entre le gouvernement camerounais et les différentes parties concernées.
L’avocat considère que le dialogue ne doit pas être interprété comme une faiblesse politique. Il défend au contraire cette démarche comme une condition nécessaire pour mettre fin à une confrontation qui dure depuis une décennie.
Le 6 octobre 2026, lors d’une rencontre avec des journalistes à Buéa, il a notamment attiré l’attention sur les victimes du conflit.
Son organisation, le Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique (CHRDA), a présenté un travail de recensement mentionnant plus de 4 000 décès signalés depuis le début de la crise.
Ce décompte ne constitue pas un bilan exhaustif et indépendamment vérifié de toutes les victimes.
Pour Felix Agbor Balla, la poursuite des affrontements impose désormais de rechercher une solution politique plutôt que de compter uniquement sur les opérations militaires.
Pourquoi le retour au fédéralisme est-il proposé ?
La revendication fédéraliste repose sur l’histoire institutionnelle du Cameroun.
En octobre 1961, le Southern Cameroons, ancien territoire administré par le Royaume-Uni, rejoint la République du Cameroun dans le cadre d’une fédération.
Le nouvel État comprend alors deux entités : le Cameroun oriental et le Cameroun occidental.
Cette organisation prend fin en 1972, après un référendum qui aboutit à la création d’un État unitaire.
Pour plusieurs mouvements anglophones, cette centralisation a progressivement réduit l’autonomie institutionnelle et administrative de leurs régions.
Les revendications portent notamment sur la préservation du système juridique de common law, de l’enseignement anglophone et des particularités administratives héritées de l’histoire coloniale.
Felix Agbor Balla défend le fédéralisme comme une solution susceptible de garantir davantage d’autonomie aux régions anglophones tout en maintenant l’unité du Cameroun.
Cette position se distingue de celle des mouvements séparatistes qui réclament l’indépendance d’un État appelé Ambazonie.
L’avocat soutient également le principe d’autodétermination des populations de l’ancien Southern Cameroons. Dans son approche politique, le fédéralisme constitue une voie privilégiée pour répondre à leurs aspirations.
Quel bilan après dix ans de crise anglophone ?
La crise débute en octobre 2016 avec des manifestations d’avocats et d’enseignants anglophones.
Les protestataires dénoncent notamment l’utilisation croissante du français dans les institutions judiciaires et scolaires de leurs régions.
La répression des manifestations, les arrestations et la radicalisation d’une partie du mouvement contribuent ensuite à transformer cette contestation en conflit armé à partir de 2017.
Les affrontements opposent depuis les forces gouvernementales à plusieurs groupes séparatistes.
Les populations civiles subissent les conséquences des violences, des enlèvements, des déplacements forcés et des restrictions d’accès aux services essentiels.
Selon les données humanitaires disponibles fin septembre 2026, environ 493 400 personnes restent déplacées à l’intérieur des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
L’Union européenne indique également que plus de 76 000 Camerounais ont trouvé refuge au Nigeria en raison du conflit.
La situation demeure préoccupante malgré les initiatives politiques engagées ces dernières années.
Entre avril et juin 2026, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires a notamment documenté plus de 1 200 incidents de protection dans les deux régions.
Ces données montrent que les conséquences de la crise restent importantes, particulièrement pour les enfants, les familles déplacées et les communautés rurales.
Le dialogue national peut-il mettre fin au conflit ?
Le gouvernement camerounais a déjà engagé plusieurs initiatives pour tenter de résoudre la crise.
En septembre et octobre 2019, le Grand dialogue national organisé à Yaoundé avait notamment recommandé l’attribution d’un statut spécial aux régions anglophones.
Cette mesure a ensuite été intégrée au cadre institutionnel de la décentralisation.
Cependant, plusieurs organisations de la société civile considèrent ces réformes insuffisantes pour répondre aux causes profondes du conflit.
La participation limitée de certains dirigeants séparatistes aux discussions a également réduit les possibilités de parvenir à un accord politique global.
Pour Felix Agbor Balla, la priorité consiste désormais à créer les conditions d’un dialogue inclusif, capable d’aborder les questions institutionnelles, les garanties de sécurité et les droits des populations.
Une telle négociation nécessiterait toutefois des compromis entre des acteurs dont les revendications restent parfois incompatibles.
Le gouvernement défend l’intégrité territoriale du Cameroun, tandis que certains groupes armés maintiennent leur exigence d’indépendance.
Dix ans après les premières manifestations, le fédéralisme demeure donc une proposition politique défendue par plusieurs acteurs anglophones, mais aucune solution consensuelle n’a encore été trouvée.




