La lutte contre l’orpaillage illégal en Guinée tourne à la crise humanitaire régionale. Au 7 novembre 2026, le Mali recensait environ 160 000 personnes refoulées des zones aurifères guinéennes, avec six décès signalés. Cette situation révèle les conséquences d’une politique de protection environnementale menée dans une région où des milliers de ressortissants ouest-africains dépendent de l’exploitation artisanale de l’or.
À Siguiri, la lutte contre l’orpaillage déclenche un exode massif
Tout commence dans la région de Siguiri, au nord-est de la Guinée, où les autorités ont décidé de renforcer l’interdiction de l’exploitation aurifère artisanale illégale.
Le gouvernement guinéen justifie cette politique par les dégradations environnementales provoquées par certaines activités minières. Les sites clandestins sont notamment accusés de détruire les terres agricoles, de polluer les cours d’eau et de menacer les écosystèmes.
Les opérations de contrôle ont cependant pris une dimension régionale. La présence de nombreux travailleurs étrangers, principalement originaires du Burkina Faso et du Mali, a entraîné d’importants mouvements de population vers la frontière malienne.
Le 7 novembre, les autorités guinéennes ont annoncé l’interpellation de 1 263 personnes de différentes nationalités dans le cadre des opérations menées à Siguiri. Ces arrestations constituent un bilan distinct du nombre de personnes refoulées et recensées au Mali.
Les autorités ont également annoncé la révocation de 479 responsables locaux, tandis que les contrôles se poursuivent dans plusieurs zones minières, notamment à Mandiana, Kérouané et Kouroussa. Anadolu Ajansı
Cette situation souligne les difficultés d’une réorganisation rapide du secteur aurifère, alors que la Guinée cherche parallèlement à renforcer la transformation locale de ses ressources, notamment avec sa nouvelle raffinerie d’or à Conakry.
Le Mali confronté à une urgence humanitaire sans précédent
L’ampleur de l’afflux dépasse désormais la seule question du contrôle des frontières.
Dans son communiqué du 7 novembre, le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) a présenté un bilan préoccupant :
- Environ 100 000 personnes recensées dans le district de Bamako.
- Près de 60 000 personnes présentes à Kourémalé, près de la frontière guinéenne.
- Six décès enregistrés à Kourémalé et plusieurs blessés.
- 413 personnes prises en charge dans des structures sanitaires de Bamako.
Les autorités maliennes ont engagé des mesures d’accueil, de sécurisation et d’assistance. Un site d’hébergement d’urgence a également été aménagé à Ouinzinbougou. Fasomali.com+1
Le ministère malien de la Santé a évalué à environ 228 millions de FCFA les moyens nécessaires à son plan de réponse sanitaire et humanitaire.
Au-delà de l’hébergement, les principaux besoins concernent l’accès à l’eau, l’alimentation, les soins médicaux et le transport des personnes souhaitant regagner leur pays.
Le défi est d’autant plus important que le Mali doit organiser l’assistance de ressortissants de plusieurs pays tout en évitant une concentration prolongée des arrivants dans sa capitale.
Le Burkina Faso organise le retour de milliers de ressortissants
La crise touche plusieurs nationalités ouest-africaines, mais les Burkinabè constituent la majorité des personnes concernées, selon le ministère malien de la Santé.
Les autorités du Burkina Faso et du Mali ont engagé une opération conjointe de rapatriement.
Un premier convoi de 48 bus transportant environ 3 400 Burkinabè est arrivé à Bobo-Dioulasso le 6 novembre. D’autres convois sont prévus pour poursuivre les évacuations.
Le gouvernement malien a détaillé son dispositif de rapatriement, qui comprend notamment la mobilisation de camions et d’autobus pour assurer le transport des personnes concernées.
Le Premier ministre malien a également demandé que les nouveaux arrivants soient pris en charge à Kourémalé, afin de mieux organiser les départs et d’éviter une pression supplémentaire sur Bamako.
Cette opération illustre les conséquences de la mobilité des travailleurs de l’or en Afrique de l’Ouest. Comme le montrait déjà notre enquête sur l’exode des jeunes Togolais vers les sites aurifères, les activités minières artisanales attirent des populations qui disposent de peu d’alternatives économiques.
Une crise qui pose la question de l’avenir des orpailleurs
Au-delà de l’urgence humanitaire, les refoulements soulèvent un problème économique durable.
Les opérations guinéennes répondent à des préoccupations environnementales réelles. Cependant, l’arrêt brutal des activités clandestines prive de nombreux travailleurs de leurs revenus, sans qu’une solution de remplacement soit immédiatement disponible.
Pour les pays d’origine, notamment le Burkina Faso, le défi ne s’arrête donc pas au rapatriement. Il faudra également examiner les possibilités de réinsertion des personnes revenues de Guinée.
Cette crise pourrait aussi relancer les discussions sur la coopération entre États ouest-africains dans la gestion des migrations professionnelles et des activités minières artisanales.
À court terme, la priorité reste l’assistance aux personnes déplacées. Le CECOGEC a été chargé de publier des bulletins quotidiens sur l’évolution de la situation, tandis que les autorités maliennes poursuivent les opérations d’identification et de retour.
Le prochain bilan permettra de mesurer l’efficacité des évacuations et l’évolution des besoins humanitaires à la frontière guinéo-malienne.




