Un séisme diplomatique secoue le Sahel. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision, officialisée en septembre 2025, illustre la rupture croissante entre ces régimes militaires et les institutions internationales. Elle intervient dans un contexte de tensions sécuritaires et de repositionnement stratégique de la région.
Une rupture officielle avec la Cour pénale internationale
Le communiqué conjoint des trois pays est sans ambiguïté : « L’Alliance des États du Sahel se retire de la Cour pénale internationale », ont affirmé leurs autorités le 24 septembre. Cette annonce marque une étape inédite pour ces États, qui dénoncent une justice internationale jugée « instrumentalisée » et « partiale ». Selon les dirigeants de l’AES, la CPI ciblerait prioritairement les pays africains tout en évitant de poursuivre des crimes commis ailleurs dans le monde.
Cette décision s’inscrit dans une dynamique politique assumée. Depuis leur prise de pouvoir par des coups d’État successifs (Mali en 2020 et 2021, Burkina Faso en 2022, Niger en 2023), les régimes militaires affichent une défiance croissante vis-à-vis des organisations internationales. Le retrait de la CPI constitue donc une confirmation de leur volonté de s’affranchir de la tutelle occidentale.
Un choix aux fortes répercussions diplomatiques et judiciaires
Le retrait de la Cour pénale internationale soulève de nombreuses interrogations. D’un point de vue juridique, les enquêtes ouvertes avant cette annonce pourraient se poursuivre, la CPI disposant de compétences rétroactives. Mais à l’avenir, aucune nouvelle procédure ne pourra être engagée contre des responsables de l’AES.
Politiquement, ce désengagement risque d’accentuer l’isolement international des trois pays. Déjà en rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et distants vis-à-vis de Paris et Washington, Bamako, Ouagadougou et Niamey renforcent leur rapprochement avec de nouveaux partenaires, notamment Moscou. Cette stratégie vise à réaffirmer leur souveraineté, mais elle pourrait accroître les tensions diplomatiques avec les puissances occidentales.
Au-delà du droit et de la politique, ce retrait pose aussi une question fondamentale : comment garantir justice et lutte contre l’impunité dans une région en proie à des violences djihadistes persistantes ? L’absence de recours à la Cour pénale internationale pourrait fragiliser la protection des populations civiles et limiter les voies de réparation pour les victimes de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.
Le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cour pénale internationale marque une rupture symbolique et stratégique. Il traduit un choix clair : celui d’une souveraineté revendiquée face aux institutions internationales. Mais ce virage pourrait aussi priver les victimes d’un outil judiciaire essentiel et renforcer la polarisation entre l’AES et ses partenaires traditionnels. Reste à savoir si cette décision ouvrira la voie à une justice régionale autonome, ou si elle accentuera l’isolement diplomatique de ces États déjà fragilisés par l’insécurité.




