La capitale malgache, Antananarivo, a connu une journée de tension extrême le 25 septembre. Une manifestation, organisée pour dénoncer les coupures quotidiennes d’eau et d’électricité, a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre. L’usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc illustre la gravité d’une crise sociale qui s’installe durablement à Madagascar.
Une manifestation interdite qui vire à l’affrontement
Malgré l’interdiction préfectorale, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre d’Antananarivo. Les protestataires répondaient à un appel lancé sur les réseaux sociaux et arboraient le drapeau pirate inspiré de la série japonaise One Piece, devenu symbole de contestation dans d’autres pays.
Les forces de sécurité ont tenté de disperser les attroupements à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc. « Depuis 10 heures du matin, on n’arrête pas de crier pour revendiquer juste des droits. Et ils nous tirent dessus avec des balles en caoutchouc », a témoigné Aina, une étudiante de 20 ans, sous couvert d’anonymat.
Des cibles politiques et la colère populaire
La colère a pris une tournure plus radicale. La maison de la sénatrice Lalatiana Rakotondrazafy, nommée en début d’année par le président Andry Rajoelina, a été incendiée par des manifestants. Plus tard, le domicile d’un député de la capitale a été saccagé. Les pompiers dépêchés sur place ont eux-mêmes été visés par des jets de pierres.
Au fil des heures, plusieurs arrestations ont eu lieu. Des banderoles affichaient des slogans explicites tels que « Stop à une vie faite de bidons jaunes et de noirceur » ou encore « Laissez-nous faire entendre nos droits ». Une manifestante d’une soixantaine d’années a dénoncé « l’arbitraire », « la corruption » et « le manque de transparence » du pouvoir, affirmant que la situation de l’approvisionnement en eau et en électricité était devenue « insupportable ».
Ces incidents révèlent l’ampleur du mécontentement populaire à Madagascar. Dans un pays où 75 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2022, la question de l’accès aux services essentiels devient un symbole de fracture sociale. Réélu en 2023 lors d’un scrutin contesté, Andry Rajoelina se retrouve confronté à une défiance croissante.
Si la crise énergétique persiste, elle pourrait nourrir un mouvement social plus profond, au-delà des simples revendications liées à l’eau et à l’électricité. Le risque est désormais de voir la contestation s’enraciner durablement et fragiliser davantage la stabilité politique de la Grande Île.




