La montée en puissance des BRICS bouleverse progressivement les équilibres géopolitiques mondiaux. De plus en plus perçue comme une alternative au modèle occidental, cette coalition suscite des interrogations profondes : peut-elle réellement transformer l’ordre international ? Et surtout, quelle place l’Afrique peut-elle y occuper ?
L’ambition des BRICS : bousculer les règles du jeu mondial
Né d’un acronyme forgé par Goldman Sachs en 2001 pour désigner les économies émergentes les plus dynamiques, le groupe des BRICS s’est structuré politiquement à partir de 2009. Son élargissement à l’Afrique du Sud en 2010 a marqué un tournant symbolique, intégrant l’Afrique dans une initiative de rééquilibrage global.
Les BRICS contestent un système international jugé trop centré sur les intérêts de l’Occident, en particulier à travers des institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou le Conseil de sécurité de l’ONU. En réponse, ils ont créé leur propre Banque de développement (NDB), promu des systèmes de paiement alternatifs et initié des discussions sur la dé-dollarisation.
Cette dynamique s’est accentuée avec l’annonce de l’élargissement du groupe en 2024, incluant notamment l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite ou encore les Émirats arabes unis et plus récemment, l’Indonésie. Un élargissement stratégique qui illustre la volonté d’ancrer les BRICS dans une logique multipolaire.
Une coalition hétérogène face à ses contradictions
Malgré des ambitions partagées, les BRICS ne forment pas un bloc homogène. Leurs intérêts nationaux divergent profondément, tant sur le plan économique que géopolitique. La rivalité sino-indienne, la guerre en Ukraine, les positionnements ambigus sur les droits humains ou le commerce international fragilisent la cohérence de l’ensemble.
L’absence de structure institutionnelle contraignante et l’absence de mécanisme de décision unifié limitent la portée des déclarations politiques. Si les sommets BRICS produisent des effets d’annonce, leur traduction concrète reste souvent faible, faute de consensus opérationnel. Les BRICS ne disposent pas encore d’un socle normatif ou idéologique clair. Leur force réside moins dans leur unité que dans leur capacité à offrir un contrepoids discursif à l’hégémonie occidentale.
L’Afrique dans l’équation BRICS : positionnement et marges de manœuvre
L’intérêt croissant des BRICS pour l’Afrique repose sur des logiques multiples : accès aux ressources naturelles, relais diplomatiques, marchés en expansion, et renforcement du poids politique global. L’adhésion récente de l’Éthiopie et les partenariats renforcés avec l’Afrique du Sud traduisent cette orientation. Pour les pays africains, le rapprochement avec les BRICS offre des opportunités tangibles : financement alternatif des infrastructures, diversification des alliances stratégiques, réduction de la dépendance au dollar, et participation à la réforme des institutions internationales.
Mais ces perspectives comportent des risques : asymétries dans les rapports de force, dépendance vis-à-vis de la Chine, concurrence entre modèles de développement, et difficulté à faire valoir une position africaine unifiée. La question centrale reste celle de la capacité des pays africains à négocier de manière collective et souveraine au sein de ce nouvel espace géopolitique.
Vers un nouvel équilibre mondial ?
Les BRICS incarnent une volonté croissante de transformation de l’ordre mondial, mais cette ambition reste confrontée à des limites structurelles. Leur efficacité dépendra de leur capacité à dépasser les logiques bilatérales et à instaurer des mécanismes crédibles de coopération multilatérale.
L’Afrique, en quête d’affirmation stratégique, doit éviter d’être une simple variable d’ajustement dans cette recomposition globale. Sa marge de manœuvre dépendra de sa cohésion diplomatique, de sa capacité à produire un récit commun et à défendre des intérêts partagés au sein des forums émergents.
Dans ce contexte, les BRICS sont moins une fin en soi qu’un révélateur des mutations à l’œuvre dans les rapports de pouvoir internationaux. Pour l’Afrique, il s’agit d’un terrain à investir lucidement, avec ambition, mais sans naïveté.




