La Haute Cour fédérale d’Abuja a condamné jeudi le leader séparatiste biafrais Nnamdi Kanu à la réclusion à perpétuité, après l’avoir reconnu coupable de terrorisme. Ce verdict, rendu au terme de dix années d’un feuilleton judiciaire hautement sensible, marque un tournant majeur dans l’un des dossiers politiques et sécuritaires les plus explosifs du Nigeria contemporain.
Un verdict lourd dans un dossier marqué par l’histoire du Biafra
Dans son jugement, le juge James Omotosho a déclaré Nnamdi Kanu coupable des sept chefs d’accusation, allant du terrorisme à la diffusion de messages qu’il a décrits au Nigeria comme « intentionnellement trompeurs ». Les preuves retenues incluent notamment des déclarations publiques et des enregistrements vidéo dans lesquels le leader biafrais lançait des appels à la confrontation armée et menaçait d’« arrêter le monde entier ».
Le procureur général, Adegboyega Awomolo, réclamait la peine de mort, mais le juge s’y est opposé, invoquant le recul international de cette sanction et affirmant que « la vie est sacrée aux yeux de Dieu ». Il a donc opté pour la réclusion à perpétuité. Nnamdi Kanu, 58 ans, est le chef de l’IPOB, un mouvement réclamant l’indépendance du sud-est à majorité igbo, une région marquée par la mémoire de la guerre du Biafra (1967-1970). Les autorités nigérianes considèrent le groupe comme une organisation terroriste et l’accusent de raviver les fractures ethniques. La défense, de son côté, dénonce un procès politique. L’ancien avocat de Kanu, Aloy Ejikamor, a regretté une condamnation « excessive, cruelle et inhabituelle », annonçant un appel dans les 90 jours.
Un parcours judiciaire chaotique et une région sous tension
La condamnation de Nnamdi Kanu clôt une décennie de rebondissements judiciaires. Arrêté une première fois en 2015 pour terrorisme après avoir lancé Radio Biafra, il avait bénéficié d’une libération sous caution en 2017 avant de fuir le pays après une intervention militaire à son domicile. En 2021, il est de nouveau arrêté — une procédure controversée que ses avocats ont qualifiée d’« enlèvement illégal » au Kenya. L’année suivante, une cour d’appel ordonne l’abandon des charges, mais la Cour suprême annule cette décision en 2023, relançant le procès.
Le mouvement IPOB est également accusé d’imposer par la force des journées « sit-at-home » qui paralysent les écoles, marchés et transports du sud-est. L’organisation rejette ces accusations, tout comme les charges de violence portées contre elle. Parallèlement, des ONG accusent l’armée de commettre des abus dans la région, signe d’un climat explosif. La condamnation intervient alors que le Nigeria commémore les cinq ans du mouvement #EndSARS, qui dénonçait les violences policières. Ces dernières semaines, des manifestations ont réclamé la libération de Kanu, témoignant d’un soutien persistant dans certains États igbos. Avec ce verdict, l’affaire Nnamdi Kanu reste au cœur des tensions politiques, identitaires et sécuritaires qui traversent le Nigeria depuis plusieurs décennies.




