La liberté de la presse en République démocratique du Congo reste gravement menacée. Un rapport publié le 22 novembre 2025 par l’ONG Journalistes en danger (JED) révèle un bilan particulièrement lourd. Quinze journalistes ont perdu la vie sous Joseph Kabila entre 2001 et 2018, et douze autres sont morts sous Félix Tshisekedi en six ans. Ce total, déjà très élevé, montre une insécurité qui persiste en RDC, surtout dans l’est où les violences armées gagnent encore du terrain. De plus, l’évolution récente inquiète de nombreux observateurs.
Un bilan meurtrier qui s’alourdit sous Félix Tshisekedi
Selon JED, l’alternance politique n’a pas apporté l’apaisement attendu. Au contraire, la presse subit encore des attaques répétées malgré les promesses de réformes démocratiques formulées en 2019. Tuver Wundi, cadre de l’ONG, souligne que la majorité des victimes travaillaient dans l’est du pays. Cette région connaît une présence massive de groupes rebelles et des affrontements constants. « À l’époque de Joseph Kabila, j’ai pu documenter près d’une quinzaine de décès. Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi, il y a déjà une douzaine de journalistes tués », explique-t-il à RFI.
Dans ce contexte, aucune justice ne vient sanctionner les responsables. Ce manque de réaction nourrit un climat d’impunité. Les journalistes qui couvrent les questions sécuritaires évoluent donc dans un environnement extrêmement risqué. Ils font face à plusieurs types de pressions. « Si vous traitez la rébellion dans la zone gouvernementale, le CSAC vous observe. Si vous traitez le gouvernement dans les zones rebelles, ces groupes vous ciblent », précise encore Tuver Wundi. Ainsi, la liberté d’informer se retrouve étranglée par une double menace qui s’installe durablement.
Un environnement hostile où “l’information est emprisonnée”
Pour JED, les journalistes de la RDC travaillent aujourd’hui dans un espace saturé de dangers. Les zones sous contrôle de l’État restent tendues, et les territoires dominés par l’AFC/M23 le sont tout autant. L’ONG évoque même un « diktat » imposé à la presse. Chaque mot peut provoquer une réaction violente. Cette situation réduit considérablement l’accès de la population à une information fiable, pourtant indispensable pour comprendre le conflit et ses conséquences. Tuver Wundi insiste sur l’urgence d’une réponse forte. Selon lui, la RDC doit rétablir un climat de sécurité et de transparence pour que les citoyens puissent enfin accéder librement aux faits essentiels.
Il avertit : « La presse subit un diktat, l’information reste emprisonnée. Il est temps de libérer la parole pour que la population sache comment se comporter dans la situation actuelle ». Ce message, direct et ferme, illustre l’ampleur du danger. Les journalistes deviennent des cibles et la société, privée d’information, avance à l’aveugle.
Alors que la RDC fait face à l’une des crises sécuritaires les plus complexes depuis plusieurs années, JED appelle les autorités à agir sans délai. L’organisation demande la protection des journalistes, la poursuite des auteurs de crimes et la garantie d’une véritable liberté de la presse. Sans ces mesures, la démocratie congolaise restera fragilisée et la population continuera de payer le prix de cette crise de l’information.




