À quelques jours de la fête nationale en Tanzanie, du 9 décembre, la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a choisi d’annuler les célébrations officielles. Elle affirme vouloir réorienter les fonds vers la reconstruction des infrastructures détruites lors de la violente crise post-électorale qui secoue le pays depuis plusieurs semaines. Cette annonce survient dans un climat lourd, marqué par les tensions persistantes entre le pouvoir, la jeunesse et l’opposition, qui prévoient une manifestation d’envergure en hommage aux victimes de ces événements tragiques.
Une crise post-électorale qui bouleverse la Tanzanie
La Tanzanie traverse l’une des séquences politiques les plus sombres de ces dernières années. À la suite de la réélection de Samia Suluhu Hassan avec près de 98 % des voix, plusieurs villes du pays ont été le théâtre d’affrontements meurtriers. Des centaines de personnes, dont des jeunes et des opposants, ont disparu ou perdu la vie selon plusieurs organisations locales. Le gouvernement, lui, conteste ces accusations et maintient une ligne défensive. Le porte-parole de l’exécutif a dénoncé une « couverture biaisée » de plusieurs médias, sans toutefois accepter de publier ses propres chiffres. Cette absence de transparence nourrit les tensions et alimente les doutes autour du bilan humain réel de la crise.
Face à la pression de l’opinion, Dar es Salaam annonce l’ouverture d’une commission d’enquête chargée de faire « toute la lumière » sur les violences post-électorales. Beaucoup s’interrogent néanmoins sur son indépendance. Les familles des disparus réclament des réponses, tandis que des partis d’opposition appellent à un hommage national pour les victimes. Les réseaux sociaux restent le principal terrain d’expression de cette contestation, malgré la coupure d’Internet durant presque une semaine au moment des troubles.
Un pouvoir accusé de dérives autoritaires
La présidente Samia Suluhu Hassan se retrouve au centre des critiques. Plusieurs voix l’accusent de gouverner la Tanzanie d’une main de fer. Ses principaux adversaires politiques étaient emprisonnés lors du scrutin du 29 octobre. Les autorités ont également empêché la diffusion d’images et de témoignages pendant les affrontements, ce qui renforce la perception d’un verrouillage strict de l’espace public.
L’annulation des célébrations de l’indépendance, une première dans l’histoire récente du pays, apparaît comme une tentative de réponse à la crise, mais elle interroge sur la gravité réelle de la situation. Les partis d’opposition y voient un signe supplémentaire du malaise profond qui frappe la Tanzanie. Ils maintiennent leur appel à manifester pour honorer les disparus et dénoncer ce qu’ils qualifient de « meurtres de masse ». De nombreux citoyens, eux, s’inquiètent de l’avenir du pays et demandent des garanties sur la protection des libertés fondamentales. Dans ce contexte tendu, l’annonce présidentielle ne parvient pas à apaiser les inquiétudes. Elle révèle au contraire l’intensité d’une crise politique qui pourrait marquer durablement la Tanzanie si aucune solution crédible n’émerge dans les prochains jours.




