La situation évolue encore au Bénin, un jour après la tentative de prise de pouvoir menée par un groupe de soldats. Deux officiers supérieurs enlevés pendant l’opération ont retrouvé la liberté. Pendant ce temps, le président Patrice Talon insiste sur le maintien de l’ordre républicain et annonce des suites judiciaires.
Deux hauts gradés libérés après plusieurs opérations nocturnes
Selon différentes sources militaires, le général Abou Issa, chef d’état-major de l’armée de terre, et le colonel Gomina Faizou, responsable de la garde nationale, ont été retrouvés sains et saufs dans la nuit du 7 au 8 décembre vers 2h. Les mutins les avaient embarqués dès le déclenchement de l’opération. Les deux hommes se trouvent désormais dans le nord du pays. Ils doivent regagner Cotonou ce lundi, d’après les informations recueillies.
De son côté, la capitale a retrouvé un rythme plus ordinaire. Dès l’aube, les appels à la prière ont résonné, puis les commerces ont ouvert sans incident. Les salariés, du public comme du privé, ont repris la route du travail. Les familles ont déposé leurs enfants à l’école, ce qui a renforcé l’image d’un retour progressif à la normale.
Toutefois, plusieurs axes stratégiques restent encadrés. Les voies menant à la route des Pêches côté mer demeuraient fermées à 6h30 TU. Les conducteurs ont suivi les itinéraires proposés par la police. Cette réorganisation a provoqué des embouteillages importants, notamment à Cadjèhoun. Comme l’a dit de chef de l’Etat dans sa déclaration à la nation, des morts ont été enregistrés suite à ce coup de force. Parmi les victimes, l’épouse du Général de Corps aérien Bertin Bada.
Retour sur l’assaut contre la télévision nationale et les tirs autour de Camp Guezo
La journée de dimanche a débuté dans un climat électrique. Des coups de feu ont éclaté près de Camp Guezo, à proximité du domicile du chef de l’État. Très vite, un autre groupe en uniforme a pénétré dans la télévision publique. Il y a lu une déclaration affirmant la destitution de Patrice Talon au nom d’un « Comité militaire pour la refondation ». Le texte signalait la suspension de la Constitution et la dissolution des institutions. Les insurgés cherchaient un soutien dans la troupe, mais aucune mobilisation d’envergure n’a suivi cette annonce.
En réaction, les forces loyalistes ont lancé plusieurs opérations. Elles ont repris des sites tenus par les mutins et engagé des frappes aériennes en fin d’après-midi. Vers 20h, Patrice Talon est apparu sur la télévision nationale. Il a affirmé que « la situation est totalement maîtrisée ».
La déclaration du président Talon et les réactions au Bénin comme à l’international
Lors de son message à la Nation, le chef de l’État a dénoncé une « mutinerie » menée par « un groupuscule de soldats » animé par « des revendications fallacieuses ». Il explique que cette action aurait pu « plonger le pays dans une aventure sans lendemain ». Ensuite, il indique avoir travaillé « en coordination avec le commandement des forces de défense et de sécurité ». Selon lui, les unités engagées ont « repris des positions » et « nettoyé les dernières poches de résistance des mutins ». Il ajoute que « cette forfaiture ne restera pas impunie ».
Le président a aussi exprimé une pensée pour les victimes ainsi que pour les personnes brièvement retenues par les insurgés. Par ailleurs, il remercie les citoyens dont les messages « ont donné l’énergie nécessaire pour faire front ».
Les réactions extérieures se sont multipliées. Le secrétaire général de l’ONU se dit « profondément préoccupé ». L’Union africaine condamne l’initiative « fermement et sans équivoque ». Par ailleurs, le président du Nigeria confirme une intervention militaire dans le cadre de la CEDEAO, faite « à la demande du Bénin ». La majorité présidentielle salue la réaction des forces loyalistes, tandis que la Conférence épiscopale exprime sa « vive préoccupation ». Pascal Tigri, en tête du groupe, auteur de la tentative de coup d’État déjouée au Bénin, est recherché par les forces de sécurité, ainsi que ses collègues en fuite avec lui.




