L’intelligence artificielle et la gouvernance des données en Afrique seront au cœur d’une série de conférences et d’une formation spécialisée organisées en ligne entre mars et mai 2026. Chercheurs, experts en éthique et professionnels du numérique y analyseront les enjeux de l’IA sur le continent, depuis les systèmes de connaissance africains comme l’Ifá jusqu’aux défis de la médecine personnalisée et de la régulation technologique. Ces rencontres visent à repenser la place des savoirs africains dans les débats mondiaux sur l’innovation et l’éthique technologique, les détails.
Ifá et intelligence artificielle au centre d’un débat sur la définition de l’intelligence
Le 16 avril 2026, un webinaire intitulé Who Gets to Define Computation explorera les enjeux politiques et intellectuels liés à la définition de notions comme la computation, l’intelligence et la technologie. Organisée en ligne via MS Teams, cette conférence se déroulera de 15 heures à 16 heures selon le fuseau horaire d’Afrique australe.
L’intervention analysera la manière dont les définitions dominantes de la computation reposent souvent sur des systèmes techniques comme les machines, le code informatique ou les mathématiques formelles. Selon les chercheurs, cette approche tend à exclure des traditions intellectuelles plus anciennes qui organisent pourtant le savoir à travers des pratiques symboliques et des règles d’interprétation complexes.
Le système de connaissance ouest africain Ifá constitue un exemple central de cette réflexion. En l’abordant comme une forme d’épistémologie computationnelle, les chercheurs suggèrent qu’il offre une autre manière de comprendre la logique, l’interprétation et la prise de décision. Cette perspective ouvre également un débat sur les questions d’autorité, de responsabilité et de jugement éthique dans les systèmes qui orientent l’action humaine.

La conférence sera animée par Uyiosa Omoregie, chercheur spécialisé dans l’éthique de l’intelligence artificielle et les systèmes de connaissance africains. Il est notamment co auteur de l’ouvrage Misinformation Matters publié en 2023 et a mené plusieurs travaux sur la logique binaire du système Ifá et ses implications pour les débats contemporains sur la computation et la gouvernance numérique.
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Une formation sur la gouvernance et l’éthique de l’intelligence artificielle en Afrique
Entre le 14 avril et le 19 mai 2026, un programme de formation en ligne de cinq semaines abordera plus largement les enjeux de l’éthique et de la politique de l’intelligence artificielle en Afrique. Ce cours sera organisé par EthicsLab de l’Université du Cap en collaboration avec l’African Observatory on Responsible Artificial Intelligence, un projet du Global Center on AI Governance.
Le programme comprendra deux sessions en ligne par semaine et s’adresse principalement aux professionnels, aux étudiants diplômés, aux responsables publics et aux régulateurs. L’objectif est de fournir aux participants des outils analytiques pour comprendre les implications juridiques, politiques et sociales du développement de l’IA sur le continent.
La formation explorera notamment les cadres éthiques africains pour la gouvernance de l’intelligence artificielle, les risques de biais et de discrimination dans les systèmes automatisés, ainsi que les enjeux de protection de la vie privée et de régulation des technologies numériques. Les participants examineront également les interactions entre l’IA, l’intégration régionale africaine et l’économie mondiale.

Le programme abordera aussi des questions spécifiques telles que le rôle du genre dans les technologies numériques, la gouvernance des systèmes autonomes et les perspectives futures pour une innovation plus inclusive et équitable. Les participants qui rempliront les conditions d’assiduité recevront un certificat de participation. Le coût de la formation est fixé à 7500 rands par personne et l’accès nécessite au minimum un diplôme de licence.
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Les défis des données africaines dans la médecine personnalisée
Un autre webinaire prévu le 12 mars 2026 mettra l’accent sur les enjeux de représentation des données africaines dans les systèmes d’intelligence artificielle appliqués à la santé. Intitulée Whose Data, Whose Story, la conférence analysera la manière dont l’IA transforme la médecine personnalisée tout en révélant des inégalités profondes dans la production et l’utilisation des données.
Les systèmes de santé basés sur l’intelligence artificielle reposent souvent sur des bases de données dominées par des populations non africaines. Cette situation peut conduire à des modèles médicaux moins précis pour les populations africaines et à des attentes irréalistes quant aux bénéfices de la médecine personnalisée.
Les chercheurs soulignent que cette sous représentation peut aussi alimenter la désinformation et accentuer les inégalités dans l’accès aux innovations médicales. Pour y répondre, la communication scientifique joue un rôle essentiel en traduisant les résultats de la recherche dans un langage accessible et contextualisé.

Cette approche permet de clarifier les limites réelles des technologies, d’expliquer les implications éthiques et de replacer les avancées scientifiques dans les réalités sociales et culturelles des populations concernées.
La conférence sera animée par Erin Kinghorn, spécialiste de la communication scientifique dans le domaine de la génomique africaine et de la médecine personnalisée. Forte d’une formation en génétique humaine et d’une expérience dans la recherche sur les maladies rares et l’interprétation génétique, elle travaille à rendre les données scientifiques plus accessibles aux décideurs, aux chercheurs et au grand public.
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Repenser la place de l’Afrique dans l’innovation technologique mondiale
Au delà de ces événements, les discussions prévues illustrent un débat plus large sur la place de l’Afrique dans l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle. Les chercheurs soulignent que les systèmes technologiques ne sont pas neutres et qu’ils reflètent souvent des choix politiques, culturels et économiques.
En intégrant les savoirs africains, les réalités sociales locales et une gouvernance plus inclusive des données, les experts estiment que le continent peut contribuer à redéfinir les normes éthiques de l’innovation technologique.
Dans cette perspective, les débats autour de l’intelligence artificielle ne portent pas seulement sur la technologie elle même. Ils interrogent aussi les rapports de pouvoir qui déterminent quels savoirs sont reconnus, quelles données sont utilisées et quelles sociétés bénéficient réellement des avancées scientifiques.




