Une décision judiciaire majeure pourrait accélérer la transition énergétique en Afrique du Sud. En février 2026, la Haute Cour du Gauteng a autorisé un projet solaire d’envergure porté par le groupe minier Sibanye Stillwater après plus d’un an de blocage par le fournisseur public Eskom. Ce jugement intervient dans un contexte où le pays cherche à réduire sa forte dépendance au charbon tout en réformant son secteur électrique, les détails.
Une transition énergétique freinée par la domination du charbon
La politique énergétique sud africaine prévoit un développement rapide des énergies renouvelables. Pourtant, la transformation du secteur se heurte à une réalité structurelle. Environ 74 pour cent de l’électricité du pays provient encore de centrales à charbon exploitées par la compagnie publique Eskom.
Pendant des décennies, l’entreprise a fonctionné comme un quasi monopole du système électrique. Cette position dominante a profondément structuré l’économie énergétique nationale et renforcé la dépendance au charbon.
Des réformes sont aujourd’hui en cours afin de démanteler progressivement cette structure intégrée et d’introduire davantage de concurrence. L’objectif est d’ouvrir le marché à de nouveaux producteurs et de favoriser l’essor des énergies renouvelables. Mais la transition reste complexe et souvent conflictuelle, comme l’illustre une récente bataille judiciaire autour d’un projet solaire.

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Un projet solaire stratégique bloqué pendant plus d’un an
En 2023, Sibanye Stillwater, premier producteur d’or du pays, a lancé un projet de centrale solaire photovoltaïque d’une capacité de 50 mégawatts. Une installation de cette taille pourrait alimenter environ 40 000 foyers et réduire considérablement la dépendance d’une mine du groupe au réseau électrique national.
L’objectif était de produire de l’électricité directement sur le site pour les besoins de l’exploitation minière. Ce type d’installation est qualifié de projet derrière compteur car l’électricité générée est principalement destinée à l’autoconsommation plutôt qu’à la vente sur le réseau.
Pour relier la centrale solaire à sa sous station électrique, l’entreprise devait construire une ligne électrique d’environ six kilomètres traversant un corridor d’infrastructures appartenant à Eskom. Cette procédure nécessite une autorisation administrative appelée wayleave qui permet d’installer des câbles ou d’autres infrastructures dans les zones où passent déjà des lignes électriques.
Le projet avait pourtant obtenu toutes les autorisations réglementaires nécessaires et respectait les normes techniques du réseau. Il avait même été classé comme projet stratégique intégré dans le cadre de la loi sur le développement des infrastructures, ce qui lui conférait un statut d’infrastructure nationale prioritaire.
Les services techniques d’Eskom avaient donné un avis favorable à condition que certains câbles soient installés sous terre pour des raisons de sécurité. L’entreprise minière avait également versé environ 15 millions de rands, soit près de 950 000 dollars, pour sécuriser cette connexion.
Malgré cela, un comité interne de la division distribution d’Eskom a finalement refusé l’autorisation. L’entreprise publique a invoqué des risques opérationnels et réglementaires, tout en proposant une solution alternative. Elle souhaitait que la centrale se connecte à une autre sous station et que l’électricité soit transportée via son propre réseau contre une redevance supplémentaire d’environ 30 pour cent. Selon Sibanye Stillwater, cette option aurait rendu le projet économiquement impossible.
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Une décision judiciaire contre l’usage abusif de la bureaucratie
Face à ce blocage, la compagnie minière a saisi la justice. Elle a affirmé que le refus d’Eskom reposait sur des erreurs juridiques et sur des motivations inappropriées. Selon l’entreprise, le fournisseur public n’avait jamais démontré que le passage des câbles solaires poserait un risque technique ou sécuritaire.
La Haute Cour du Gauteng a finalement annulé la décision d’Eskom. Les juges ont estimé que le refus était illégal et qu’il avait été motivé par un objectif inapproprié, à savoir la protection des revenus de la compagnie publique.
La décision s’appuie sur la loi sud africaine sur la justice administrative qui garantit le droit constitutionnel à une action administrative légale et raisonnable. Les juges ont rappelé que les institutions publiques ne peuvent pas utiliser leurs pouvoirs réglementaires pour protéger leurs intérêts commerciaux lorsque la législation autorise explicitement la production privée d’électricité.
Dans un geste rare en droit administratif, la cour n’a pas renvoyé l’affaire à Eskom pour réexamen. Elle a directement ordonné l’octroi de l’autorisation permettant la construction de la ligne électrique.
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Un signal important pour les investisseurs et la transition énergétique
Au delà du cas de Sibanye Stillwater, cette décision pourrait avoir des conséquences plus larges pour le secteur énergétique sud africain. Depuis 2018, le régulateur national de l’énergie a enregistré plus de 2 300 installations privées de production électrique représentant environ 18 gigawatts de capacité. Une grande partie de ces projets repose sur l’énergie solaire et est développée par des mines, des industriels ou des entreprises commerciales.
Cette dynamique s’explique notamment par la multiplication des coupures d’électricité programmées, appelées loadshedding, qui perturbent la vie quotidienne des ménages et ralentissent l’activité économique. Les entreprises cherchent donc à sécuriser leur approvisionnement énergétique tout en réduisant leurs coûts.
Lorsque les grandes entreprises produisent leur propre énergie renouvelable, plusieurs effets positifs apparaissent. La pression sur le réseau national diminue, davantage d’électricité devient disponible pour les ménages et les services publics, et les émissions de gaz à effet de serre baissent.
Ces initiatives attirent également des capitaux privés dans le secteur énergétique et contribuent à soutenir l’emploi. Elles s’inscrivent dans la logique d’une transition énergétique juste qui combine décarbonation, stabilité économique et protection des moyens de subsistance.

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Une tension structurelle au cœur de la réforme énergétique
L’affaire révèle aussi une contradiction profonde dans le système électrique sud africain. D’un côté, les réformes politiques encouragent la production d’énergie renouvelable décentralisée et l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. De l’autre, Eskom reste sous pression financière car de plus en plus de clients industriels quittent partiellement le réseau pour produire leur propre électricité.
Cette tension entre réforme et intérêts institutionnels n’est pas unique à l’Afrique du Sud. Dans de nombreux pays, la transition vers des systèmes énergétiques plus ouverts et plus durables provoque des frictions avec les structures historiques dominantes.
La décision de la Haute Cour rappelle toutefois un principe fondamental. La transition énergétique ne repose pas seulement sur des objectifs politiques ou environnementaux. Elle dépend aussi du respect de l’État de droit et de l’application effective des règles qui encadrent la transformation du secteur électrique.




