L’épidémie de dengue au Tchad s’aggrave avec huit décès et 3 178 cas suspects recensés en octobre 2026. La maladie touche désormais cinq provinces, tandis que le manque de matériel de dépistage et de lits de réanimation complique la prise en charge des patients.
Dengue au Tchad : quel est le dernier bilan de l’épidémie ?
Le ministère tchadien de la Santé publique a présenté un nouveau bilan de l’épidémie lors d’une conférence de presse organisée le 19 octobre 2026 à N’Djamena.
Selon les données sanitaires communiquées par les autorités et reprises par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le pays enregistre 3 178 cas suspects, dont 252 cas confirmés, ainsi que huit décès.
La maladie a été officiellement déclarée le 3 octobre. Elle avait toutefois commencé à circuler dès juillet dans le camp de réfugiés de Kounoungou, situé dans la province du Wadi Fira, à l’est du pays.
Cinq provinces figurent dans le bilan sanitaire : le Wadi Fira, le Ouaddaï, le Sila, le Batha et N’Djamena, qui possède un statut administratif particulier.
Le Wadi Fira concentre à lui seul 2 472 cas suspects, selon le Centre des opérations d’urgence de santé publique.
La progression apparaît également dans les bilans successifs. Au 8 octobre, les autorités comptabilisaient 2 929 cas suspects, 213 infections confirmées et sept décès.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Un cas suspect correspond à une personne présentant des symptômes compatibles avec la dengue, sans confirmation systématique par un test.
Pourquoi la dengue inquiète les hôpitaux tchadiens
Au-delà du nombre de contaminations, l’épidémie révèle plusieurs difficultés du système sanitaire tchadien.
Les établissements de santé doivent notamment gérer une recrudescence saisonnière du paludisme. Or, les deux maladies présentent des symptômes proches, ce qui complique leur identification.
Selon RFI, de nombreux patients commencent par prendre des médicaments antipaludiques sans avoir effectué de dépistage.
Certains arrivent donc à l’hôpital lorsque leur état s’est déjà aggravé.
Le docteur Bargo, médecin urgentiste et secrétaire général de l’Association de développement de la santé privée au Tchad, alerte particulièrement sur l’insuffisance des capacités de réanimation.
D’après son estimation, le pays disposerait de moins d’une centaine de lits de réanimation.
Cette situation complique la prise en charge des formes graves, qui peuvent provoquer des hémorragies, un état de choc ou des atteintes importantes aux organes.
Autre difficulté : les stocks de kits de dépistage diminuent. Le docteur Dicia Fitouin, coordinateur du Centre des opérations d’urgence de santé publique, reconnaît des tensions d’approvisionnement.
Sans tests disponibles en quantité suffisante, les équipes médicales risquent de rencontrer davantage de difficultés pour distinguer rapidement la dengue des autres infections fébriles.
Quels sont les symptômes de la dengue et les signes de gravité ?
La dengue est une infection virale transmise par des moustiques infectés du genre Aedes, principalement actifs pendant la journée.
Selon l’OMS, la plupart des personnes infectées ne présentent aucun symptôme ou développent une forme bénigne.
Lorsque la maladie se manifeste, plusieurs signes peuvent apparaître :
- Une forte fièvre accompagnée de maux de tête ;
- Des douleurs musculaires et articulaires ;
- Des douleurs derrière les yeux ;
- Des nausées, des vomissements ou une éruption cutanée.
Certains symptômes nécessitent toutefois une consultation médicale immédiate.
Il s’agit notamment des douleurs abdominales intenses, des vomissements persistants, des saignements ou des difficultés respiratoires.
Ces complications peuvent survenir même lorsque la fièvre commence à diminuer.
Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique contre la dengue. Une prise en charge médicale précoce permet néanmoins de réduire considérablement le risque de décès.
L’OMS recommande également d’éviter l’aspirine et l’ibuprofène en cas de dengue suspectée, car ces médicaments peuvent augmenter le risque d’hémorragie.
Comment le Tchad compte freiner la propagation de la dengue
Face à la progression de l’épidémie, les autorités sanitaires ont engagé une riposte reposant sur la surveillance, le diagnostic, la prise en charge médicale et la lutte contre les moustiques.
La prévention constitue une priorité, notamment dans les zones où les eaux stagnantes favorisent leur reproduction.
Les autorités appellent les populations à éliminer les récipients contenant de l’eau stagnante, à couvrir les réserves d’eau et à utiliser des moyens de protection contre les piqûres.
Le pays avait déjà connu une première épidémie de dengue en 2023. Cette expérience constitue un précédent pour les équipes chargées de la riposte actuelle.
Toutefois, l’efficacité des mesures dépendra aussi de la disponibilité des tests, des équipements hospitaliers et de l’accès rapide aux soins.
La nouvelle flambée rappelle ainsi un enjeu essentiel pour le Tchad : renforcer durablement ses capacités sanitaires afin de limiter les conséquences des épidémies.




