La livraison par drones cherche sa place dans la logistique africaine

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Après avoir fait ses preuves dans le transport de sang et de médicaments, la livraison par drones en Afrique cherche désormais à dépasser le secteur de la santé. Agriculture, colis et livraisons urbaines ouvrent de nouveaux débouchés, mais les drones restent davantage un complément aux réseaux terrestres qu’un substitut aux camions et aux motos.

Le Rwanda pousse la livraison par drones à une nouvelle échelle

Le Rwanda reste le laboratoire le plus avancé du continent. Les premières livraisons commerciales de Zipline y ont commencé en 2016 pour acheminer rapidement du sang vers des établissements de santé difficiles à desservir par la route.

Dix ans plus tard, Kigali veut changer d’échelle. En février 2026, le gouvernement rwandais et Zipline ont annoncé une extension de leur partenariat pour parvenir à une couverture nationale de logistique autonome. Le projet doit aussi introduire à Kigali le système urbain Platform 2, capable d’effectuer des livraisons plus précises dans des zones densément peuplées.

« Nous avons constaté l’impact extraordinaire de la livraison par drone, qui permet de gagner du temps, d’économiser de l’argent et de sauver des vies », a déclaré Paula Ingabire, ministre rwandaise des TIC et de l’Innovation. L’accord s’inscrit dans un programme de 150 millions de dollars accordé à Zipline par le département d’État américain et lié aux performances réalisées.

De la santé aux fermes et bientôt aux colis

Le modèle africain s’est longtemps concentré sur les produits médicaux pour une raison simple. Une poche de sang ou un médicament urgent possède suffisamment de valeur pour justifier un transport aérien rapide, notamment lorsqu’une route est longue ou difficilement praticable.

La prochaine étape consiste à mieux rentabiliser les infrastructures existantes. Zipline expérimente par exemple au Rwanda des services destinés à l’agriculture. L’entreprise veut étendre certaines de ces activités à d’autres marchés africains et exploite déjà des réseaux au Ghana, au Kenya, au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Des discussions ont également été engagées avec le Lesotho.

L’e-commerce représente un autre débouché potentiel. Le Rwanda prévoit depuis plusieurs années d’ouvrir progressivement son réseau à d’autres secteurs, dont le commerce électronique et le tourisme. Son accord de 2022 avec Zipline envisageait près de deux millions de livraisons autonomes et plus de 200 millions de kilomètres de vols d’ici 2029. Ces chiffres constituent des objectifs du partenariat et non des volumes déjà réalisés.

Le dernier kilomètre africain ne se résume pas à la vitesse

Sur le papier, le drone répond à plusieurs faiblesses de la logistique africaine. Il peut éviter les embouteillages, contourner certaines routes dégradées et atteindre rapidement des localités éloignées. Ces avantages deviennent particulièrement intéressants pour des produits légers et urgents.

Mais la logistique du continent présente d’autres difficultés qu’un appareil volant ne règle pas. Dans plusieurs marchés, les livreurs doivent composer avec des adresses imprécises, des clients qui communiquent leur position par GPS et des paiements effectués à la réception. La livraison nécessite donc souvent une interaction humaine au dernier mètre.

L’essor du commerce électronique accentue cette question. Des intermédiaires permettent déjà aux consommateurs africains de commander sur des plateformes étrangères puis organisent l’acheminement jusqu’au client à l’aide de coursiers locaux et de coordonnées GPS. Reuters relevait en juillet que cette organisation se développe malgré une pénétration de l’e-commerce encore limitée dans les régions rurales et les populations aux revenus modestes.

Les drones doivent encore prouver leur rentabilité à grande échelle

La charge utile constitue une autre limite. Les drones sont adaptés aux médicaments, petits colis ou produits alimentaires, beaucoup moins aux marchandises lourdes qui représentent une grande partie des flux logistiques.

Le modèle économique dépend également de la densité des commandes. Construire des centres de distribution, entretenir les appareils, assurer leur supervision et obtenir les autorisations réglementaires génère des coûts fixes. Ajouter l’agriculture ou le commerce électronique aux livraisons médicales permet justement de faire circuler davantage de marchandises sur une infrastructure déjà installée.

Zipline met en avant trois études publiées en 2026 pour défendre les retombées économiques de son réseau. L’entreprise affirme notamment que son système aurait contribué à réduire de 22 % la mortalité des enfants traités pour malnutrition aiguë sévère dans les établissements étudiés et procuré un retour direct sur investissement de 68 % à certains petits éleveurs porcins. Ces résultats concernent des usages et des populations précis et ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble de la logistique africaine.

La livraison par drones en Afrique semble donc trouver sa place là où la route est trop lente, le produit suffisamment léger et le temps particulièrement précieux. Son avenir pourrait reposer sur un modèle hybride : drones pour certaines liaisons rapides, motos pour le dernier kilomètre urbain et camions pour les volumes importants. Le véritable test sera moins de démontrer qu’un drone peut livrer un colis que de prouver qu’il peut le faire durablement à un coût compétitif.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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