À Madagascar, la transition politique prend une tournure historique. Deux jours après leur apparition devant le palais présidentiel d’Ambohitsorohitra, les militaires consolident leur pouvoir. Le colonel Michael Randrianirina prêtera serment ce vendredi 17 octobre en tant que président de la Refondation de la République de Madagascar, au Palais d’État d’Ambohidahy, siège de la Haute Cour constitutionnelle. À 51 ans, cet officier inconnu du grand public il y a encore peu s’impose désormais comme le visage d’un nouveau régime.
Une ascension éclair sous le sceau de la légalité
Le colonel Randrianirina, ancien gouverneur et chef de bataillon dans le sud du pays, s’était distingué en 2023 par ses critiques virulentes envers le président Andry Rajoelina. Accusé d’« incitation à la mutinerie » et de « tentative de coup d’État », il avait alors passé plusieurs mois en prison avant d’être libéré en février 2024. Son retour sur le devant de la scène s’est opéré à la faveur de la crise politique et sociale récente.
Le 15 octobre, la Haute Cour constitutionnelle a constaté la vacance du pouvoir et l’a invité à exercer les fonctions de chef de l’État. Ce geste confère une légitimité institutionnelle à la transition militaire et vise à éviter que le pays ne soit classé comme auteur d’un coup d’État. En effet, la survie économique du pays dépend largement des financements internationaux, que toute rupture de l’ordre constitutionnel mettrait en péril.
Une transition sous tension et sous surveillance
Malgré cette façade constitutionnelle, la communauté internationale reste méfiante. L’Union africaine a aussitôt condamné « sans équivoque » la prise de pouvoir par l’armée, qualifiée de « changement anticonstitutionnel de gouvernement », et a suspendu Madagascar de toutes ses instances. Une sanction symbolique mais lourde de conséquences pour un pays déjà en proie à de fortes difficultés économiques.
Sur le terrain, l’atmosphère est tout autre, remarque RFI. De nombreux Malgaches saluent le rôle de l’armée, perçue comme le dernier rempart face à un pouvoir civil discrédité. Pour une partie de la jeunesse, notamment la génération Z, cette intervention est vue comme un sursaut populaire. Les militaires, eux, promettent une refondation en profondeur : un référendum constitutionnel, des élections générales dans un délai maximum de deux ans et une consultation populaire pour désigner un nouveau Premier ministre. Reste à savoir si cette transition militaire tiendra sa promesse de redonner espoir à une nation en quête de stabilité et de justice.




