Nigeria : près de 6 millions $ versés aux ravisseurs en un an

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Au Nigeria, l’économie des enlèvements prend une nouvelle ampleur. Près de 6 millions de dollars de rançons auraient été versés aux groupes armés et terroristes entre 2025 et 2026, soit environ trois fois plus que l’année précédente. Derrière cette progression se trouve surtout l’essor des kidnappings de masse, désormais concentrés dans le nord du pays.

Les enlèvements bondissent de 66 % au Nigeria

Selon un rapport publié le 26 août par le cabinet SBM Intelligence, basé à Lagos, les rançons effectivement versées sont passées de près de 2 millions de dollars à presque 6 millions de dollars en un an.

La progression financière accompagne celle du nombre de victimes. SBM Intelligence estime que 7 825 personnes ont été kidnappées entre 2025 et fin juin 2026, soit une hausse de 66 % par rapport à la période précédente.

Le phénomène se caractérise surtout par la multiplication des opérations visant simultanément un grand nombre de personnes. « Les enlèvements de masse sont maintenant le mode opératoire dominant », constatent les analystes.

Quatre victimes sur cinq auraient ainsi été capturées au cours d’un enlèvement collectif. Le nord du Nigeria concentre 93,7 % des incidents sécuritaires graves recensés. L’État de Zamfara a enregistré 92 enlèvements de masse, contre 76 dans celui de Sokoto.

Ces chiffres montrent à quel point les kidnappings sont devenus une source de revenus pour certains groupes armés, capables de cibler des communautés entières et de négocier ensuite la libération de centaines d’otages.

Le JAS capte 90 % des rançons recensées

La concentration des revenus apparaît encore plus forte que celle des enlèvements. Le JAS, branche historique de Boko Haram, aurait capté à lui seul 90 % des sommes versées, alors que le rapport ne lui attribue que huit kidnappings.

Deux opérations expliquent une grande partie de ce montant. Près de 4 millions de dollars auraient été payés pour obtenir la libération de 416 personnes enlevées à Ngoshe, dans l’État de Borno.

Un autre kidnapping de masse aurait rapporté 1,5 million de dollars au groupe en échange de la libération de 315 élèves et membres du personnel de l’école Saint Mary de Papiri, dans l’État de Niger.

Le paiement ne constitue pourtant aucune garantie pour les otages. Les chercheurs ont identifié au moins six situations dans lesquelles des captifs ont été tués après le versement d’argent aux ravisseurs.

L’explosion des rançons et la progression des enlèvements placent désormais la sécurité parmi les enjeux de la prochaine présidentielle nigériane. La campagne vient de commencer et Bola Tinubu doit briguer un second mandat en janvier, avec l’insécurité et la situation économique au centre du débat.

Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.

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