La Banque d’Algérie a changé de gouverneur pour la quatrième fois en moins de trois ans. Mohand Bourai a officiellement pris ses fonctions le 3 septembre 2026, après la nomination de son prédécesseur, Mohammed Lamine Lebbou, au ministère des Finances. L’ancien patron de la BADR hérite d’une institution engagée dans plusieurs transformations. Derrière la stabilité du dinar et des réserves de change confortables se trouvent des chantiers plus difficiles : moderniser les banques, développer les paiements électroniques et financer davantage l’économie sans alimenter les déséquilibres monétaires.
Mohand Bourai arrive avec un profil de banquier de terrain
Le nouveau gouverneur de la Banque d’Algérie connaît d’abord les banques commerciales. Avant sa nomination par Abdelmadjid Tebboune, Mohand Bourai dirigeait la Banque de l’agriculture et du développement rural, la BADR. Il avait pris sa direction par intérim en 2020 avant d’être confirmé en 2021.
Il a auparavant travaillé à la CNEP-Banque, où il était directeur général adjoint chargé des finances et de la comptabilité. Il présidait également l’Association professionnelle des banques et établissements financiers.
Son parcours diffère donc de celui d’un économiste essentiellement spécialisé dans la politique monétaire. Bourai connaît les contraintes quotidiennes des établissements que la banque centrale doit superviser.
Cette expérience arrive au moment où Alger veut précisément accélérer la modernisation du secteur. En juin, la Banque d’Algérie avait réuni les dirigeants des banques commerciales autour de l’inclusion financière et de la transformation du système bancaire.
Son premier défi sera néanmoins institutionnel. La fonction a connu une forte rotation. Salah Eddine Taleb a quitté son poste début 2026, Mohammed Lamine Lebbou lui a succédé en février avant de rejoindre le gouvernement six mois plus tard. La loi monétaire et bancaire prévoit pourtant un mandat de cinq ans pour le gouverneur.
Dinar et réserves de change restent au cœur de l’équation
Mohand Bourai hérite également d’un problème classique de l’économie algérienne : protéger le pouvoir d’achat sans fragiliser les équilibres extérieurs.
La Banque d’Algérie expliquait en 2025 que près de 70 % de l’accélération inflationniste observée après la pandémie provenait de facteurs importés. Elle avait alors utilisé l’appréciation du dinar comme l’un des instruments permettant d’atténuer cette inflation.
Cette stratégie était rendue possible par une situation extérieure relativement solide. La banque centrale évoquait une balance des paiements excédentaire, des réserves de change confortables et un faible endettement extérieur.
Mais la marge de manœuvre algérienne reste étroitement liée aux hydrocarbures. Une diminution durable des recettes pétrolières et gazières peut réduire les entrées de devises et compliquer simultanément la défense du dinar, le financement des importations et la maîtrise de l’inflation.
Le gouverneur devra donc gérer une monnaie dont la stabilité dépasse largement la seule politique de taux d’intérêt.
Moderniser une économie où le cash reste puissant
Le chantier le plus visible pour les Algériens sera probablement celui des paiements et de la bancarisation.
La Banque d’Algérie veut faciliter l’accès des ménages aux produits bancaires, développer les moyens de paiement modernes et améliorer l’inclusion financière. Elle a aussi adopté en août une instruction permettant l’utilisation de cartes internationales pour le droit de change destiné aux voyages.
La modernisation ne concerne pas seulement les particuliers. Une autre instruction publiée le 10 août encadre le financement des opérations d’exportation, alors que l’Algérie cherche à développer ses recettes extérieures hors hydrocarbures.
Bourai hérite donc d’une banque centrale qui doit accompagner simultanément plusieurs transitions : davantage de paiements numériques, un secteur bancaire plus accessible et un financement mieux adapté aux entreprises.
Son passé à la BADR pourrait être particulièrement utile sur ce dernier point. Diriger une banque tournée vers l’agriculture et le développement rural lui a donné une expérience directe du financement de secteurs que l’Algérie veut développer pour diversifier son économie.
Sa nomination ne marque donc pas nécessairement une rupture de politique. Les principaux chantiers étaient déjà ouverts avant son arrivée.
Le véritable test sera plutôt celui de l’exécution. Mohand Bourai hérite moins d’une Banque d’Algérie à réinventer que d’une longue liste de réformes à faire fonctionner concrètement. Après plusieurs changements rapides de gouverneur, la première transformation dont l’institution pourrait avoir besoin est peut-être la plus simple : de la continuité.




