Tribunal criminel spécial au Cameroun : des milliards ont-ils vraiment disparu ?

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Le Tribunal criminel spécial au Cameroun a bien été victime d’une intrusion nocturne à Yaoundé. Mais entre les premiers récits évoquant des milliards de FCFA, des scellés et des dossiers disparus, et une version plus récente parlant d’un simple ordinateur volé, l’ampleur réelle du cambriolage reste à établir.

Tribunal criminel spécial au Cameroun : deux versions s’opposent

Les premières informations ont fait état d’un casse spectaculaire. Le greffe du Tribunal criminel spécial aurait été visé dans la nuit du 31 août au 1er septembre, selon des informations attribuées notamment à Equinoxe Télévision.

Certains médias sont allés beaucoup plus loin. Ils ont affirmé que plusieurs milliards de FCFA, des scellés judiciaires et des dossiers sensibles avaient disparu. Une possible complicité interne a même été évoquée.

Ces affirmations restent toutefois difficiles à établir. Actu Cameroun indiquait initialement qu’aucun bilan officiel n’avait filtré et qu’une enquête devait déterminer ce qui avait réellement été emporté.

Depuis, une autre version a émergé.

Le 6 septembre, Boney Philippe, directeur général des médias du groupe L’Anecdote, a affirmé sur Vision 4 disposer d’informations de première main. Selon sa source, les cambrioleurs auraient seulement pénétré dans le bureau de la cheffe de la section criminelle 2.

Le butin se limiterait à un ordinateur et quelques effets personnels. Aucun argent appartenant à l’État, aucun dossier sensible et aucun scellé n’aurait disparu. Le bureau du greffier en chef n’aurait pas non plus été touché.

À ce stade, cette version reste elle aussi fondée sur une source rapportée et ne remplace pas un inventaire officiel rendu public.

Pourquoi la rumeur des milliards paraît crédible

Si l’affaire provoque autant de spéculations, c’est d’abord en raison de l’institution visée.

Créé en 2011, le TCS traite notamment les détournements de deniers publics d’un montant important. Son greffe peut donc être associé, dans l’imaginaire public, à des dossiers concernant des responsables de premier plan et à des pièces placées sous main de justice.

Les premiers récits affirmaient justement que le bureau des scellés avait été ciblé et que des fonds servant de pièces à conviction avaient disparu.

Mais aucune source officielle consultée ne fournit actuellement un montant précis et vérifié des sommes volées.

Cette distinction est essentielle. L’existence d’un cambriolage est établie par plusieurs sources concordantes. La disparition de « plusieurs milliards de FCFA » reste, elle, une affirmation contestée.

La prudence s’impose d’autant plus que les récits divergent même sur la date. Certaines sources parlent de la nuit du 31 août au 1er septembre. Les informations rapportées le 6 septembre par Boney Philippe situent l’effraction dans la nuit du 29 au 30 août.

La véritable affaire pourrait être la faille de sécurité

Même si aucun milliard n’a disparu, une question embarrassante demeure : comment des individus ont-ils pénétré dans une institution judiciaire aussi sensible ?

Selon les informations rapportées par Boney Philippe, les deux entrées sont surveillées par des gardiens de prison, tandis que le GSO et le GPIGN participeraient également à la sécurisation intérieure du site.

L’intrusion révèle donc au minimum une défaillance du dispositif de protection.

Elle devient encore plus préoccupante si les auteurs connaissaient précisément les bureaux à cibler. Mais parler de complicité interne reste prématuré tant que l’enquête n’a pas apporté d’éléments probants.

L’enjeu dépasse finalement la valeur du butin. Une juridiction spécialisée dans les grandes affaires financières doit pouvoir garantir l’intégrité de ses dossiers, de ses scellés et de ses locaux.

Une communication officielle détaillant les objets volés et les circonstances de l’effraction permettrait désormais de couper court aux spéculations.

Au Tribunal criminel spécial au Cameroun, le cambriolage est donc bien réel. En revanche, rien ne permet encore d’affirmer avec suffisamment de certitude que plusieurs milliards de FCFA ont effectivement disparu des coffres de l’institution.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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