Sur les côtes de l’île de Santiago, au Cap-Vert, des dizaines de femmes continuent d’extraire illégalement du sable noir pour subvenir aux besoins de leur famille. Malgré les dangers de la mer, les douleurs physiques et les sanctions prévues par la loi, cette activité demeure, pour beaucoup, l’unique source de revenus dans certaines communautés défavorisées.
Une activité illégale devenue un moyen de subsistance
À Charco, près de Ribeira da Barca, Maria Eleonore Monteiro, Vania Tavares et plusieurs autres habitantes profitent de la marée basse pour remplir de lourds seaux de sable noir qu’elles transportent ensuite jusqu’à des zones de stockage. Ce sable est revendu à des entrepreneurs ou à des intermédiaires pour environ 140 dollars le chargement, après plusieurs semaines de collecte.
Surnommées les « voleuses de sable », ces femmes pratiquent ce travail depuis plus de quinze ans. Elles évoluent sur des rochers glissants, affrontent des vagues parfois violentes et portent des charges de plusieurs dizaines de kilogrammes, souvent au prix de blessures ou de problèmes de santé chroniques.
Maria Eleonore Monteiro affirme souffrir régulièrement de douleurs au dos après des années d’extraction. Les cicatrices visibles sur ses jambes témoignent également des nombreuses chutes subies au fil du temps. Pour Vania Tavares, qui a quitté l’école à 13 ans, cette activité reste le seul moyen de nourrir ses enfants.
Bien que l’extraction de sable soit interdite par les lois adoptées entre 1997 et 2017, les femmes interrogées indiquent ne plus avoir eu de problèmes avec les forces de l’ordre depuis plusieurs années, les autorités faisant parfois preuve de tolérance face à la précarité des populations concernées.
Un coût environnemental élevé et des alternatives encore limitées
Pendant plusieurs décennies, le sable marin a alimenté le développement urbain du Cap-Vert, notamment celui de la capitale Praia. Cette exploitation intensive a profondément transformé certains littoraux.
À Praia de Areia Grande, l’extraction répétée du sable a favorisé l’intrusion de l’eau de mer dans les terres agricoles. Selon Samuel Leal, représentant du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, cette salinisation des sols a entraîné la disparition de nombreuses exploitations agricoles, contraignant près d’une centaine d’agriculteurs à abandonner leurs terres dans cette région.
Face à cette situation, les autorités ont renforcé les campagnes de sensibilisation et les contrôles afin de limiter cette pratique. Pour Ana Veiga, directrice de l’ONG Lantuna, la réponse ne peut toutefois pas se limiter à la répression. Elle plaide pour des programmes de réinsertion destinés aux femmes qui vivent de cette activité.
Son organisation accompagne déjà plusieurs dizaines d’entre elles vers de nouvelles activités, notamment l’élevage de porcs ou de moutons. Maria Eleonore Monteiro reconnaît aujourd’hui les conséquences de l’extraction de sable sur son environnement et affirme qu’elle abandonnerait ce travail si une autre opportunité lui était offerte.
Entre impératif économique et protection des écosystèmes côtiers, le Cap-Vert continue de chercher un équilibre pour offrir des alternatives durables aux populations les plus vulnérables.




