Entre euro fort et bitcoin en baisse, les diasporas africaines voient deux stratégies de transfert évoluer en sens opposé. Pour ceux qui envoient des euros vers les pays utilisant le franc CFA, l’appréciation de la monnaie européenne face à certaines grandes devises ne change presque rien au taux de conversion, puisque le CFA est arrimé à l’euro.
Pour les familles qui utilisent le bitcoin comme moyen de transfert ou d’épargne, une chute du cours peut en revanche réduire brutalement la valeur reçue. À cela s’ajoutent des frais d’envoi qui restent particulièrement élevés en Afrique subsaharienne.
L’euro fort ne profite pas à tous les bénéficiaires africains
Une hausse de l’euro peut être une bonne nouvelle pour un migrant payé en euros lorsqu’il envoie de l’argent vers un pays dont la monnaie se déprécie face à la devise européenne. Avec la même somme, sa famille peut alors recevoir davantage de monnaie locale.
Mais cette mécanique ne fonctionne pas partout en Afrique.
Au Bénin, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Togo et dans les autres pays utilisant le franc CFA d’Afrique de l’Ouest, un euro vaut officiellement 655,957 FCFA. Cette parité est fixe. L’appréciation de l’euro face au dollar ne donne donc pas automatiquement davantage de francs CFA à une famille béninoise ou sénégalaise.
La situation diffère pour les diasporas qui envoient de l’argent vers le Nigeria, le Ghana ou d’autres économies à monnaie flottante. Une variation de l’euro peut directement modifier le nombre de nairas ou de cedis obtenus.
Mais le taux affiché sur les marchés ne correspond pas toujours au montant réellement reçu. Les opérateurs appliquent des commissions et parfois une marge sur le taux de change.
Le bitcoin ajoute un risque que le transfert classique n’a pas
Les cryptomonnaies ont apporté une autre possibilité aux transferts internationaux. Un migrant peut acheter du bitcoin ou un stablecoin en Europe, l’envoyer presque instantanément puis permettre au destinataire de le convertir localement.
Le bitcoin ajoute cependant une variable majeure : la volatilité.
Si une personne achète pour 500 euros de bitcoins et que le cours baisse de 10 % avant la conversion par le bénéficiaire, une partie importante de la valeur peut disparaître indépendamment des frais de transaction.
Cette caractéristique distingue le bitcoin des stablecoins adossés à une monnaie comme le dollar. Elle explique pourquoi utiliser le BTC comme simple rail de paiement peut devenir risqué lorsque le marché chute fortement.
Pour les diasporas africaines qui conservent aussi une partie de leur épargne en crypto, le choc est double. La baisse du bitcoin réduit leur patrimoine numérique tandis que les besoins financiers de leurs proches au pays restent identiques.
Cette vulnérabilité rappelle surtout qu’un actif volatil ne constitue pas automatiquement un meilleur outil de transfert parce qu’il permet de contourner certains intermédiaires.
Les frais restent la véritable taxe sur l’argent des diasporas
Au-delà de l’euro et du bitcoin, un problème beaucoup plus ancien continue de peser sur les familles africaines : le prix des transferts.
La Banque mondiale estime que l’Afrique subsaharienne reste la région la plus coûteuse au monde pour recevoir des transferts d’argent. Dans ses dernières données consolidées, envoyer 200 dollars vers cette région coûtait en moyenne environ 8,46 % au troisième trimestre 2025.
Autrement dit, sur l’équivalent de 200 dollars envoyés, près de 17 dollars peuvent être absorbés par les coûts moyens du transfert.
Le numérique améliore néanmoins progressivement la situation. À l’échelle mondiale, les transferts numériques coûtent environ 4 %, contre environ 7 % pour les services reposant davantage sur les espèces. La Banque mondiale souligne cependant que les progrès restent très inégaux et que l’Afrique subsaharienne demeure particulièrement chère.
L’enjeu est considérable. Les transferts des migrants constituent une source essentielle de revenus pour des millions de ménages. À l’échelle mondiale, ils ont atteint environ 856 milliards de dollars en 2024, dont 653 milliards vers les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Pour les diasporas africaines, le véritable arbitrage ne se limite donc plus à choisir entre banque et agence de transfert. Il faut comparer frais, taux de change, rapidité, stablecoins et cryptomonnaies volatiles.
L’euro peut monter et le bitcoin chuter, mais une constante demeure : chaque point de frais ou de volatilité signifie moins d’argent disponible pour la famille qui attend au pays.




