Le gaz torché au Nigeria ne pourra plus servir de réserve de projets aux investisseurs qui tardent à agir. Le régulateur pétrolier menace désormais de retirer les permis lorsque les sites attribués restent sans avancée suffisante après un an.
Les investisseurs disposent d’un an pour avancer
La Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) durcit le ton. Sa directrice générale, Oritsemeyiwa Eyesan, a annoncé que les projets attribués dans le cadre du Nigerian Gas Flare Commercialisation Programme (NGFCP) feraient l’objet d’une évaluation un an après leur attribution.
« Lorsqu’il n’y a pas de progrès suffisant, la Commission prendra les mesures réglementaires appropriées, y compris le retrait de l’attribution si nécessaire », a-t-elle averti lors d’une rencontre avec le ministre d’État chargé des Ressources pétrolières et du Gaz, Ekperikpe Ekpo.
Le régulateur ne précise pas qu’il retirera automatiquement chaque permis inactif au bout de douze mois. Cette échéance déclenche plutôt une évaluation. Une révocation devient possible lorsque l’investisseur ne démontre pas d’avancée significative.
Seulement 27 sites attribués sur les 43 identifiés
Le programme avait initialement identifié 43 sites où du gaz est brûlé à la torche. Jusqu’à présent, 27 ont été attribués à des investisseurs et leur développement se trouve à différents stades.
Le NGFCP repose sur un principe simple. Au lieu de laisser les producteurs pétroliers brûler le gaz associé à l’extraction du pétrole, les autorités veulent permettre à des investisseurs de le récupérer et de le commercialiser.
Ce gaz peut ensuite alimenter des centrales électriques et des activités industrielles ou servir à fabriquer différents produits énergétiques. Le programme doit ainsi transformer une source de pollution en ressource économique.
Le gouvernement sélectionne les investisseurs au moyen d’un processus concurrentiel. Les candidats doivent notamment démontrer leurs capacités techniques et commerciales avant d’obtenir l’accès aux sites.
Le Nigeria brûle encore d’importantes quantités de gaz
La pression réglementaire intervient alors que le Nigeria peine toujours à éliminer le torchage. Entre janvier 2025 et juin 2026, le pays aurait produit environ 4 132 milliards de pieds cubes de gaz et en aurait brûlé près de 302 milliards, soit un taux moyen de torchage de 7,3 %.
Le problème paraît d’autant plus important que le pays dispose de ressources considérables. La NUPRC estime ses réserves prouvées de gaz à plus de 215 000 milliards de pieds cubes. Le potentiel total pourrait avoisiner 600 000 milliards.
Une partie de cette richesse reste pourtant inutilisée. Capturer le gaz associé nécessite des infrastructures de collecte, de traitement et de transport ainsi que des débouchés capables de rendre les projets rentables.
C’est précisément sur ce point que la menace de révocation rencontre ses limites. Retirer un site à un investisseur inactif peut accélérer son développement si un nouvel opérateur dispose des moyens nécessaires. Cela ne règle toutefois pas automatiquement les problèmes de financement ou d’infrastructures.
Les amendes n’ont pas suffi à arrêter le torchage
Le Nigeria sanctionne déjà financièrement le torchage. En 2025, la NUPRC aurait encaissé environ 521,87 milliards de nairas au titre de ces pénalités. Malgré cette somme, le phénomène n’a pas disparu.
Cette situation explique le changement d’approche. Le gouvernement ne veut plus seulement faire payer les producteurs qui brûlent leur gaz. Il cherche à créer une activité économique autour de sa récupération.
Le NGFCP doit ainsi générer des investissements et des emplois, mais aussi fournir davantage de gaz aux centrales électriques et aux industries. La NUPRC estime qu’une surveillance plus stricte des permis permettra d’éviter que des investisseurs immobilisent des sites sans réellement les développer.
Certains spécialistes appellent néanmoins à compléter les sanctions par des incitations financières. Les petits opérateurs peuvent notamment rencontrer des difficultés à financer seuls les infrastructures nécessaires à la valorisation du gaz.
Abuja maintient son objectif de 2030
Le ministre Ekperikpe Ekpo demande désormais une mise en œuvre plus agressive du programme. Le gouvernement conserve comme objectif l’élimination du torchage routinier du gaz d’ici 2030.
L’enjeu reste à la fois économique et environnemental. Le torchage gaspille une ressource énergétique alors que le Nigeria cherche à développer son approvisionnement électrique et son industrie. Il entraîne également des émissions et affecte les communautés des régions pétrolières.
Avec sa menace de retirer les permis, la NUPRC veut donc passer de l’attribution à l’exécution. Pour les investisseurs du gaz torché au Nigeria, conserver un site dépendra désormais davantage de leur capacité à prouver qu’ils le développent réellement.




