Le complexe d’Olembé devait incarner la réussite du Cameroun lors de la Coupe d’Afrique des nations disputée en 2022. Une décennie après le lancement du projet, plusieurs infrastructures restent pourtant inachevées, tandis que les changements de constructeurs et les contentieux internationaux continuent d’alourdir une facture dont le montant final reste difficile à établir.
Un projet à 163 milliards de FCFA beaucoup plus vaste qu’un stade
À son lancement, le projet ne se limitait pas au stade de 60 000 places situé au nord de Yaoundé. Le programme comprenait notamment des terrains d’entraînement, un gymnase, une piscine olympique, un hôtel, un centre commercial et plusieurs autres équipements.
Le marché initial confié à l’entreprise italienne Gruppo Piccini avoisinait 163 milliards de FCFA. Mais les retards se sont accumulés à l’approche de la CAN, initialement programmée en 2019 avant plusieurs changements de calendrier. L’État reprochait notamment au constructeur de ne pas avancer suffisamment vite.
Le 29 novembre 2019, le gouvernement a finalement résilié son contrat. Selon des chiffres repris dans des documents publics et par la presse camerounaise, environ 113 milliards de FCFA avaient déjà été consommés sur l’enveloppe initiale lorsque le projet a changé de mains.
Magil reprend Olembé, sans parvenir à terminer le complexe
Après Piccini, le Cameroun s’est tourné vers le canadien Magil Construction. Un nouveau marché d’environ 55 milliards de FCFA devait permettre d’achever les travaux.
L’urgence était alors considérable. Le Cameroun devait disposer d’un stade opérationnel pour la CAN finalement organisée du 9 janvier au 6 février 2022. Cet objectif immédiat a été atteint. Olembé a notamment accueilli des rencontres et les cérémonies d’ouverture et de clôture.
Mais livrer le stade pour la compétition ne signifiait pas achever l’ensemble du complexe. Plusieurs infrastructures annexes prévues dans le projet initial sont restées incomplètes. Aujourd’hui encore, les travaux d’embellissement et différentes installations attendent leur achèvement.
La relation avec Magil s’est elle aussi détériorée. En décembre 2022, le constructeur a fait connaître son intention de résilier son marché. Le projet s’est alors retrouvé avec un deuxième différend contractuel majeur.
Le contentieux avec Piccini ajoute des milliards à la facture
La rupture avec le premier constructeur n’a jamais cessé de poursuivre le Cameroun. Piccini a engagé une procédure contre l’État devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, le CIRDI.
Le groupe italien réclamait une indemnisation bien supérieure au montant finalement retenu. Cette distinction est essentielle puisque les quelque 250 milliards de FCFA régulièrement évoqués correspondent aux prétentions financières de Piccini et non à la somme effectivement accordée.
Début septembre 2026, une sentence arbitrale a accordé à Piccini un dédommagement d’environ 51 milliards de FCFA, selon les informations communiquées au Cameroun. L’État conteste cette décision et a annoncé son intention d’utiliser les voies de recours disponibles.
Olembé cumule ainsi plusieurs couches de dépenses. Au marché initial s’ajoutent le financement du deuxième constructeur, les travaux restant à réaliser et désormais les conséquences potentielles des procédures arbitrales.
Encore 3,45 milliards de FCFA, mais pas pour terminer les travaux
Le dossier continue d’engendrer de nouvelles dépenses. Le 24 juillet 2026, l’Office national des infrastructures et équipements sportifs a attribué un marché de plus de 3,45 milliards de FCFA à AMA Consultants.
Cette enveloppe pourrait donner l’impression d’une reprise imminente du chantier. Elle ne finance pourtant pas directement les travaux physiques. Elle porte sur une mission d’assistance à la maîtrise d’ouvrage, prévue sur vingt mois.
Le paradoxe résume une partie du problème. Des ressources supplémentaires continuent d’être engagées alors que le complexe promis au départ n’est toujours pas entièrement terminé.
Il reste surtout difficile d’établir un coût consolidé et définitif. Additionner mécaniquement tous les montants évoqués serait trompeur, car certains correspondent à des marchés, d’autres à des sommes déjà décaissées, à des financements ou encore à des prétentions devant des tribunaux.
Olembé devient un problème politique de gouvernance
Le complexe d’Olembé dépasse désormais la question sportive. Le projet pose celle de la gestion des grands marchés publics et de la capacité de l’État à maîtriser leurs coûts lorsque les contrats se succèdent.
Le Cameroun dispose bien d’un stade de 60 000 places qui a rempli sa mission la plus urgente pendant la CAN. Mais le projet initial promettait beaucoup plus. Or, une décennie après son lancement, le complexe complet n’est toujours pas livré.
La succession Piccini-Magil et les litiges qui en découlent ont surtout créé un risque financier durable. Chaque nouvelle procédure peut ajouter des coûts à une infrastructure déjà largement financée.
C’est ce qui transforme Olembé en dossier politiquement sensible. Le problème n’est plus seulement de savoir combien il faudra encore dépenser pour terminer les infrastructures. Il faudra également déterminer le coût définitif des ruptures contractuelles passées et expliquer comment un projet présenté comme une vitrine nationale a pu rester inachevé aussi longtemps.




