La Conférence internationale sur les crimes du colonialisme a animé Alger les 30 novembre et 1ᵉʳ décembre 2025. L’Union africaine a réuni ministres, diplomates et figures influentes au Centre international Abdelatif-Rahal pour exiger une reconnaissance explicite des crimes coloniaux. L’ambiance a rapidement pris une dimension émotionnelle et politique, car plusieurs responsables africains ont livré des déclarations fortes, parfois très personnelles.
Des responsables africains déterminés et un discours qui frappe les esprits
Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, a ouvert la conférence avec un message direct. Il affirme que « l’Afrique a le droit, tout le droit, de réclamer la reconnaissance officielle et explicite des crimes commis contre ses peuples durant la période coloniale ». Il insiste sur l’urgence de ce combat, car le continent continue de subir « l’exclusion, la marginalisation et le sous-développement » hérités de cette époque. En évoquant Frantz Fanon, il rappelle que le colonialisme ne suit aucune logique rationnelle. Selon lui, il incarne « une violence à l’état naturel ». Sa déclaration crée une atmosphère grave, mais aussi rassembleuse, car les responsables présents partagent la même analyse.
Bankole Adeoye, Commissaire aux affaires politiques et à la paix de l’Union africaine, reprend cette idée avec conviction. Il appelle les pays africains à unir leurs efforts et demande une mobilisation large incluant les diasporas. Selon lui, la criminalisation du colonialisme exige une stratégie efficace : « Il faut renforcer l’unité des pays africains et impliquer la diaspora africaine ». Il décrit un continent qui avance et qui assume une transformation profonde.
Antonio Téte, ministre angolais des Relations extérieures, introduit un volet crucial : celui des réparations. Il propose la création d’une base commune pour revendiquer les réparations historiques auprès des anciennes puissances coloniales. Pour lui, les pays africains doivent adopter une approche cohérente : « Les pays africains doivent mettre en place une base et une plateforme concernant les réparations qui doivent être corrigées par les anciennes puissances colonisatrices ». Il suggère aussi une refonte des programmes scolaires, la célébration de la diversité culturelle et un travail plus dense avec les diasporas. Son intervention donne une dimension stratégique à cette conférence.
Un ton plus incisif du côté sahraoui et une prise de parole marquante venue des Caraïbes
Mohamed Yesslem Beisset, ministre sahraoui des Affaires étrangères, adopte un ton nettement plus incisif. Il accuse le système onusien d’entretenir une forme d’immobilisme : « Les Nations unies ne condamnent pas assez le colonialisme ». Selon lui, l’ONU ne possède aucun moyen efficace pour sanctionner les puissances responsables. Il dénonce une vision réductrice qui traite encore le colonialisme comme un simple phénomène, alors qu’il fonctionne comme « un système basé sur le bradage des richesses, la voracité et la domination ». Ses propos provoquent une réaction lente mais perceptible dans la salle, tant son analyse bouscule les codes diplomatiques.
Eric Phillips, représentant de la communauté caribéenne Caliom, reprend la parole avec une émotion visible. Il demande une réorganisation complète des approches africaines et caribéennes : « Nous devons passer de l’état de victimes à celui d’architectes de la justice ». Ses mots résonnent fortement et déclenchent de nombreux échanges sur les réseaux sociaux.




