Le cinéma africain retient son souffle à l’approche de la 98ᵉ cérémonie des Oscars prévue le 15 mars 2026 à Hollywood. Deux femmes du continent figurent parmi les nommés de cette édition. L’actrice nigériane naturalisée britannique Wunmi Mosaku vise l’Oscar du meilleur second rôle féminin tandis que la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania concourt pour le meilleur film international. Dans un univers où les Africaines ont rarement été récompensées, leur présence relance l’espoir d’un nouveau moment historique pour le continent. Analyse.
Wunmi Mosaku, une actrice en pleine ascension
Wunmi Mosaku pourrait créer la surprise dans la catégorie de la meilleure actrice dans un second rôle grâce à sa performance dans le film Sinners. L’actrice y incarne Annie, un personnage intense qui lui a permis de renouer avec ses racines africaines. Dans une interview relayée par OkayAfrica, Mosaku a expliqué combien ce rôle avait marqué son parcours personnel. Elle raconte avoir approfondi son lien avec la culture yoruba pour se préparer à ce personnage. L’apprentissage de la langue a joué un rôle important dans cette immersion artistique. Née en 1986 à Zaria, dans le nord du Nigeria, Wunmi Mosaku a grandi à Manchester après l’installation de sa famille au Royaume-Uni. Elle se forme à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art avant de faire ses débuts à la télévision britannique.
Le grand public découvre véritablement son talent en 2009 dans la série Moses Jones. Sa carrière prend une dimension internationale en 2016 lorsqu’elle remporte le BAFTA TV Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation dans Damilola, Our Loved Boy. Plus récemment, elle a rejoint l’univers Marvel en apparaissant dans la série Loki en 2024. Son rôle dans Sinners, réalisé par Ryan Coogler et sorti en 2025, constitue toutefois un tournant majeur dans sa carrière. Le film lui-même arrive aux Oscars avec un poids considérable. Il totalise 16 nominations, un record égalant ou dépassant certaines œuvres mythiques du cinéma comme Titanic, La La Land ou All About Eve. Dans sa catégorie, Mosaku devra affronter une concurrence solide composée notamment d’Amy Madigan, Teyana Taylor, Inga Ibsdotter Lilleaas et Elle Fanning.
A lire également : Côte d’Ivoire : la diaspora mobilisée pour investir dans l’économie
Kaouther Ben Hania, une réalisatrice engagée
L’autre espoir africain repose sur la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania. Elle est en lice dans la catégorie du meilleur long métrage international avec son film The Voice of Hind Rajab. La réalisatrice s’est fait connaître par des œuvres qui mêlent cinéma et regard critique sur l’actualité. Son nouveau film raconte l’histoire réelle d’une enfant tuée le 29 janvier 2024 dans le contexte de la guerre à Gaza. À travers cette œuvre, Ben Hania explore les conséquences humaines du conflit et donne un visage aux drames vécus par les populations civiles. Le film aborde la tragédie avec une dimension profondément émotionnelle et politique.
Avant même les Oscars, l’œuvre a déjà été distinguée. En février dernier, elle a reçu le prix du « film le plus précieux » lors de la cérémonie Cinema for Peace organisée en marge de la Berlinale. La réalisatrice tunisienne a toutefois refusé la récompense après avoir prononcé un discours très critique sur la situation à Gaza. Ce geste a contribué à attirer l’attention internationale sur le film et sur son message. Cette nomination confirme également la place croissante du cinéma africain dans les grands festivals et dans les compétitions internationales.
A lire également : Awa Fall Diop reçoit le Prix Anne Klein 2026 à Berlin
Une victoire africaine encore rare à Hollywood
Malgré l’essor du cinéma africain sur la scène mondiale, les Oscars ont longtemps réservé une place limitée aux artistes du continent. Dans l’histoire de la cérémonie, seules deux actrices africaines ont remporté la prestigieuse statuette. L’actrice sud-africaine Charlize Theron a été récompensée en 2004 pour son rôle dans Monster. Dix ans plus tard, la Kényane Lupita Nyong’o remportait l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour Twelve Years a Slave. La présence de Wunmi Mosaku et de Kaouther Ben Hania dans cette édition 2026 nourrit donc un nouvel espoir pour les cinéphiles africains.
Cette année, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences remettra ses récompenses dans 24 catégories différentes. Une nouvelle distinction fait son apparition avec la création de la catégorie consacrée à la meilleure distribution. Au-delà du résultat final, la nomination de ces deux artistes témoigne de la visibilité croissante des créateurs africains dans l’industrie mondiale du cinéma. Pour beaucoup d’observateurs, cette évolution marque une étape importante. Elle reflète une transformation progressive d’Hollywood, de plus en plus attentif à la diversité des récits et des talents venus d’ailleurs. Le verdict tombera le 15 mars au Dolby Theatre de Los Angeles. Et pour le continent africain, l’espoir d’une nouvelle page d’histoire reste intact.





