La Guinée-Bissau replonge dans l’incertitude politique. Mercredi 26 novembre 2025, des officiers réunis sous le nom de « Haut commandement militaire pour la restauration de l’ordre » ont annoncé avoir pris la direction du pays, quelques heures après des tirs rapportés autour du palais présidentiel. Le chef de l’État, Umaro Sissoco Embalo, a déclaré avoir été « renversé » et placé sous contrôle militaire. Ce nouveau basculement intervient au moment où les résultats de la présidentielle et des législatives du 23 novembre étaient attendus.
Une prise de pouvoir militaire qui interrompt brutalement le processus électoral
Le général Denis N’Canha, figure centrale du putsch, a lu un communiqué depuis l’état-major des forces armées. Les officiers affirment assumer « la direction du pays jusqu’à nouvel ordre » et annoncent la suspension du processus électoral. Les résultats des scrutins prévus pour le 27 novembre ne seront donc pas publiés. Les programmes des radios et télévisions sont également interrompus, et les frontières ont été fermées dans la foulée.
Le général évoque un « réseau de déstabilisation » impliquant des responsables politiques et des acteurs du narcotrafic. Selon lui, des armes destinées à « renverser l’ordre constitutionnel » auraient été introduites dans le pays. En réaction, les militaires disent vouloir garantir la sécurité nationale avant tout retour à un fonctionnement institutionnel normal. Un couvre-feu a été instauré dans plusieurs zones stratégiques de Bissau.
Le président Embalo, introuvable pendant plusieurs heures, est finalement parvenu à confirmer à la presse internationale qu’il avait été arrêté à l’intérieur du palais présidentiel. Il assure ne pas avoir subi de violences, mais reconnaît que « le pouvoir a changé de mains ». Des membres de son entourage, dont le ministre de l’Intérieur Botché Candé et plusieurs chefs militaires, ont également été appréhendés.
Un pays qui retombe dans la spirale des putschs depuis 1974
Ce nouvel épisode s’inscrit dans une longue histoire de ruptures institutionnelles. Depuis son indépendance, avant 2025, la Guinée-Bissau a connu quatre coups d’État. L’histoire récente démontre également une accumulation de crises post-électorales. En 2019, Umaro Sissoco Embalo et le candidat du PAIGC, Domingos Simoes Pereira, avaient tous deux revendiqué la victoire, provoquant plusieurs mois de paralysie politique. Fin octobre 2025, l’armée disait déjà avoir déjoué une « tentative de subversion ».
Cette fois encore, le contexte électoral a exacerbé les tensions. Avant même la publication des résultats, Umaro Sissoco Embalo et son adversaire Fernando Dias da Costa s’étaient simultanément proclamés vainqueurs. Mercredi, des hommes armés ont attaqué le siège de campagne de Dias da Costa ainsi que celui de la Commission nationale des élections, ajoutant à la confusion générale.
La Guinée-Bissau, enclavée entre le Sénégal et la Guinée, reste l’un des pays les plus politiquement fragiles de la région. Ce nouveau coup d’État confirme la difficulté du pays à sortir du cycle des ruptures institutionnelles qui le marquent depuis plus de quarante ans.




