La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) durcit le ton face à la situation politique en Guinée-Bissau. Réunis dimanche à Abuja, les chefs d’État ouest-africains ont rejeté le programme de transition proposé par les militaires et exigé un retour rapide à un régime civil. Cette position intervient dans un contexte régional marqué par une recrudescence des coups d’État et par une fragilisation continue des normes démocratiques.
La CEDEAO menace les militaires de sanctions
La crise bissau-guinéenne domine les débats du sommet ordinaire tenu dans la capitale nigériane. Le coup d’État survenu fin novembre, à la veille de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle et législative du 23 novembre, a profondément inquiété les dirigeants régionaux. À l’époque, deux camps revendiquaient la victoire, celui du président sortant Umaro Sissoco Embalo et celui de l’opposant Fernando Dias de Costa. Des militaires avaient alors annoncé la prise de contrôle du pays, suspendant le processus électoral.
Face à cette situation, la CEDEAO refuse toute transition militaire prolongée. Le président de la Commission, Omar Alieu Touray, annonce clairement la ligne retenue : des sanctions ciblées frapperont toute personne ou tout groupe qui entraverait le retour à l’ordre constitutionnel. Cette mesure vise aussi bien les responsables militaires que les acteurs civils soupçonnés de soutenir une confiscation durable du pouvoir.
Dans son intervention, Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone et président en exercice de la CEDEAO, rappelle les fondements du projet communautaire. Il insiste sur le lien indissociable entre démocratie, paix et développement. Selon lui, la multiplication des changements anticonstitutionnels menace la stabilité régionale et affaiblit les droits des citoyens. Il cite explicitement l’instabilité en Guinée-Bissau et la tentative de coup d’État récemment déjouée au Bénin comme des signaux d’alerte.
Une organisation régionale sous pression entre crises politiques et défis sécuritaires
Au-delà du cas bissau-guinéen, les discussions d’Abuja mettent en lumière une crise plus large. Entre 2020 et 2023, le Burkina Faso, la Guinée, le Mali et le Niger ont basculé sous des régimes militaires. Trois de ces pays ont quitté la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), accentuant les fractures régionales. Le vice-président nigérian Kashim Shettima appelle néanmoins à préserver l’unité du bloc, malgré ces dissensions.
La CEDEAO souligne toutefois certains signaux jugés encourageants. Les dirigeants qualifient de progrès significatif le processus de transition en cours en Guinée Conakry, même si la vigilance reste de mise. Parallèlement, la sécurité au Sahel demeure une priorité absolue. Les chefs d’État rappellent que l’expansion des groupes djihadistes ignore les frontières nationales. Julius Maada Bio affirme d’ailleurs qu’aucune barrière géographique ne protège durablement contre la violence.
Dans ce climat tendu, l’organisation fait aussi face à de fortes critiques. De nombreux observateurs l’accusent d’indulgence envers certains régimes civils accusés de violations constitutionnelles. D’autres dénoncent une orientation jugée trop favorable aux intérêts occidentaux, notamment français. Ces reproches fragilisent la crédibilité de l’institution, malgré son rôle central dans la médiation régionale.
En conditionnant désormais toute coopération à un strict respect des règles démocratiques, la CEDEAO cherche à réaffirmer son autorité. Le dossier guinéen-bissau servira de test majeur. Son issue pourrait redéfinir l’équilibre entre fermeté politique, solidarité régionale et stabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest.




