En RDC, malgré les applaudissements diplomatiques qui ont suivi la signature de l’accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 à Doha, la situation sur le terrain demeure préoccupante. Les violences persistent, le mécanisme de vérification ne fonctionne pas, et la plupart des protocoles essentiels restent à négocier avant le 29 novembre 2025. Ce processus, présenté comme un tournant historique, peine pour l’instant à produire des effets concrets dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Entre enthousiasme diplomatique et réalité complexe du terrain
Le texte signé le 14 novembre à Doha a reçu un large soutien international. Le président français Emmanuel Macron parle d’une « véritable ouverture pour la paix », tandis que l’Union africaine salue « une étape historique » vers la stabilité régionale. La Belgique adopte une position plus prudente, invitant les parties à « honorer leurs engagements » pour maintenir la dynamique de négociation. Le Qatar, pays hôte du processus, insiste quant à lui sur le caractère incomplet de l’accord-cadre, rappelant qu’il marque « le début » d’un processus global et non son aboutissement.
Kinshasa décrit la signature comme une « étape décisive » vers une paix durable, inclusive et mesurable. Le Rwanda, également impliqué dans le processus, estime qu’il s’agit d’un progrès significatif dans le traitement des causes profondes du conflit. Pourtant, malgré cette unanimité diplomatique, les faits contredisent les discours : sur les huit protocoles censés constituer l’accord final, seuls deux ont été signés en trois mois — l’un sur la libération des prisonniers et l’autre sur la surveillance du cessez-le-feu.
Ces deux protocoles restent inopérants. Aucun prisonnier n’a encore été échangé, et le mécanisme de vérification du cessez-le-feu n’a tenu qu’une seule réunion, limitée à une simple prise de contact. Certaines parties étaient même absentes. Le blocage interroge la viabilité d’un processus censé avancer rapidement.
Accrochages, divergences et enjeux explosifs autour des protocoles restants
Sur le terrain, le cessez-le-feu signé à Doha semble déjà compromis. Des affrontements ont encore été signalés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu durant le week-end du 15 au 16 novembre. Les engagements à « cesser définitivement les hostilités » et à reconnaître qu’« une paix durable ne peut être obtenue par des moyens militaires » restent lettre morte.
Parmi les points de blocage majeurs, figure la question de l’accès humanitaire, notamment la réouverture partielle de l’aéroport de Goma. Kinshasa souhaite encadrer ce processus et a mandaté plusieurs vice-ministres pour y travailler. L’AFC/M23 rejette catégoriquement cette initiative, la qualifiant d’« illusoire » et d’« inacceptable ». Le mouvement affirme que l’aéroport « ne pourra être rouvert que par l’AFC/M23 », considérant cette infrastructure comme un levier stratégique dans les négociations. Le Rwanda s’y oppose également, dénonçant des « attaques aériennes » visant les zones contrôlées par la rébellion. Le protocole relatif à la restauration de l’autorité de l’État annonce déjà des tensions considérables. Alors que Kinshasa entend rétablir son contrôle administratif sur l’ensemble du territoire national, l’AFC/M23 poursuit la consolidation de sa propre administration dans les zones qu’il contrôle. Le mouvement a même organisé des tests de recrutement pour des candidats magistrats, dont la légitimité est contestée par le gouvernement congolais.
Les discussions sur les « arrangements sécuritaires intérimaires » et le DDR (désarmement, démobilisation et relèvement communautaire) s’annoncent encore plus explosives. L’AFC/M23 ne montre aucune volonté de réduire ses capacités militaires. Sa branche armée, l’ARC, « sera la nouvelle armée », déclare le mouvement, qui évoque même la possibilité d’« intégrer les FARDC ». En parallèle, les recrutements et les formations se poursuivent, compliquant davantage un processus censé déboucher sur une démobilisation progressive. Autre point sensible : le protocole sur l’identité et le retour des réfugiés. Kinshasa s’inquiète des retours déjà observés en dehors de tout cadre officiel, certains individus n’étant « pas identifiés comme Congolais », selon le ministre Patrick Muyaya. Cette question touche à l’un des griefs historiques du M23 et pourrait cristalliser les tensions.
Face à ces défis, la médiation qatarienne reconnaît ses limites. Pour Mohammed ben Abdulaziz ben Saleh Al Khulaifi, le rôle du Qatar est d’offrir un cadre et non de résoudre toutes les divergences. Il promet toutefois que son pays « ne se désengagera pas ». L’accord de Doha a ouvert une voie vers la paix, mais cette voie reste étroite, fragile et parsemée de défis immenses. Les semaines à venir diront si les négociations parviennent enfin à se traduire en avancées concrètes sur le terrain.




