La filière mangue en Côte d’Ivoire entre dans une nouvelle phase de régulation. Le gouvernement a décidé d’étendre à la mangue le dispositif déjà appliqué au coton et à l’anacarde, avec l’objectif de mieux encadrer la production, la commercialisation et le développement d’un secteur encore confronté à d’importantes pertes après récolte.
La filière mangue passe sous la régulation du Conseil Coton-Anacarde
Le Conseil des ministres du 23 septembre 2026 a adopté une ordonnance qui étend à la mangue les règles prévues par la loi de 2013 sur la commercialisation et la régulation du coton et de l’anacarde. La mesure ne constitue donc pas seulement une réorganisation administrative. Elle modifie directement le cadre institutionnel de la filière.
Les missions de régulation, de suivi et de développement de la mangue sont désormais également confiées au Conseil Coton-Anacarde. Son conseil d’administration doit être réaménagé afin d’accueillir un représentant de l’interprofession de la mangue.
Abidjan veut ainsi appliquer à cette production fruitière un modèle de gouvernance déjà utilisé pour deux grandes cultures d’exportation. Le gouvernement estime que la mangue représente environ 10 % de la production fruitière nationale et souhaite accroître sa valorisation.
Une filière qui pèse déjà dans les exportations ivoiriennes
La Côte d’Ivoire produit environ 180 000 tonnes de mangues par an, selon les données publiques utilisées par les autorités et les organismes du secteur. Elle exporte en moyenne quelque 33 000 tonnes vers le marché européen, ce qui en fait l’un des principaux fournisseurs de l’Union européenne et le premier exportateur africain de mangues fraîches.
La production se concentre surtout dans le nord du pays. L’organisation Inter-Mangue, officiellement reconnue comme organisation interprofessionnelle agricole en 2024, coordonne environ 4 000 producteurs exploitant plus de 20 000 hectares dans les régions de la Bagoué, du Poro, du Tchologo, du Hambol et du Kabadougou.
La mangue constitue ainsi une source de revenus importante dans des zones déjà fortement tournées vers le coton et l’anacarde. La saison mobilise également des stations de conditionnement, des exportateurs, des transporteurs et des unités de transformation.
Les pertes après récolte restent le principal défi
Le poids économique de la filière masque toutefois une faiblesse persistante. Une part importante de la production n’est jamais commercialisée dans de bonnes conditions. Selon l’Agence ivoirienne de presse, les difficultés d’écoulement, l’étroitesse du marché local et les maladies peuvent entraîner la perte de près de 40 % des volumes produits.
Les mouches des fruits constituent notamment un problème récurrent. La présence de larves peut provoquer le rejet de cargaisons destinées aux marchés étrangers, où les exigences phytosanitaires sont strictes.
Les pouvoirs publics ont déjà lancé plusieurs programmes de lutte. Une campagne phytosanitaire de 1,7 milliard de FCFA avait notamment été engagée pour traiter 20 000 hectares de vergers. Des unités de séchage ont également été installées afin d’absorber une partie des fruits qui ne peuvent être vendus frais.
La réforme de 2026 doit donc permettre de mieux coordonner ces différentes interventions, mais ses effets dépendront de la manière dont la nouvelle régulation sera appliquée sur le terrain.
La transformation devient un enjeu majeur
La Côte d’Ivoire exporte encore une fraction limitée de sa production totale sous forme de mangues fraîches. Cette situation laisse une marge importante pour la transformation locale, notamment dans le séchage, les jus, les purées ou la valorisation des déchets.
Des initiatives existent déjà. Des projets pilotes ont par exemple utilisé des résidus de mangues pour produire des aliments destinés à l’élevage. Ils complètent les unités de séchage installées ces dernières années dans le nord du pays.
La nouvelle organisation devra surtout réussir à rapprocher producteurs, exportateurs et transformateurs. Elle devra aussi améliorer la qualité des fruits, sécuriser les débouchés internationaux et réduire les pertes avant commercialisation.
En confiant la régulation au Conseil Coton-Anacarde, Abidjan cherche donc moins à créer une nouvelle filière qu’à professionnaliser davantage celle qui existe déjà. Le véritable test viendra désormais de la capacité du nouveau dispositif à améliorer les revenus des producteurs et à transformer une plus grande part des 180 000 tonnes récoltées chaque année.




