Un tournant majeur vient d’être franchi dans la lutte contre le VIH en Afrique. Pour la première fois, le lénacapavir, un médicament de prévention nécessitant seulement deux injections par an, commence à être distribué sur le continent. Les premières livraisons ont eu lieu lundi en Eswatini, pays le plus touché au monde par l’épidémie. Cette avancée historique intervient grâce à un partenariat entre les États-Unis, le laboratoire Gilead Sciences et le Fonds mondial, qui entendent accélérer la protection des populations les plus exposées.
Un médicament préventif considéré comme “proche d’un vaccin”
Lors d’une conférence de presse virtuelle organisée par le Département d’État américain, les autorités ont confirmé que les premières doses du lénacapavir étaient déjà arrivées en Eswatini. Développée par Gilead Sciences, cette injection préventive représente une révolution : administrée seulement deux fois par an, elle permet de bloquer la quasi-totalité des nouvelles infections.
« Dans une étude, 100 % des participants sous traitement n’ont pas contracté le VIH », a souligné Daniel O’Day, PDG de Gilead Sciences, depuis le ministère de la Santé d’Eswatini. Une efficacité spectaculaire qui a conduit l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à recommander officiellement le lénacapavir en juillet 2025 comme nouvelle option de prophylaxie préexposition (PrEP).
Pour l’OMS, ce médicament constitue « ce qui se rapproche le plus d’un vaccin contre le VIH » en raison de son efficacité inédite dans les essais cliniques. Cette avancée est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de la première fois dans l’histoire qu’un médicament aussi récent arrive en Afrique subsaharienne la même année que son approbation aux États-Unis. Une rapidité que le PDG de Gilead qualifie « d’extraordinaire ».
Un programme massif destiné à dix pays africains
L’introduction du lénacapavir s’inscrit dans la stratégie mondiale de santé “L’Amérique d’abord”, lancée en septembre dernier, visant à renforcer durablement les systèmes sanitaires africains. Pour soutenir le déploiement, le Département d’État américain et le Fonds mondial prévoient d’acquérir plus de 2 millions de doses. Face à la demande croissante, les États-Unis ont augmenté leur engagement pour la première année 2026, passant de 25 000 à 325 000 doses. Au total, 600 000 doses seront disponibles en 2026, toutes déjà réservées par les deux partenaires. Dix pays africains en bénéficieront en priorité.
En Eswatini, plus de 6 000 personnes à haut risque recevront les injections, avec une attention particulière portée à la prévention de la transmission mère-enfant. Le programme PEPFAR, financé par le gouvernement américain, couvre déjà le traitement de 95 % des personnes vivant avec le VIH dans le pays. Le directeur exécutif du Fonds mondial, Peter Sands, estime que cette avancée fait naître « la possibilité d’éliminer le VIH comme menace pour la santé publique très rapidement, à condition d’un déploiement massif et rapide ».
Pour garantir l’accès au plus grand nombre, Gilead fournira le médicament sans profit dans les pays les plus touchés et a accordé des licences volontaires à six fabricants de génériques, permettant une production à moindre coût dès 2027. Alors que le continent concentre 65 % des 40,8 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde, l’arrivée du lénacapavir ouvre une perspective nouvelle : réduire drastiquement les infections et accélérer, enfin, la marche vers l’éradication du VIH en Afrique.




