Au Mali, après plusieurs semaines de silence, le président de la transition malienne, le général Assimi Goïta, s’est exprimé publiquement le 3 novembre 2025 sur la grave pénurie d’essence qui frappe le pays. Depuis début septembre, les attaques du groupe jihadiste Jnim, affilié à Al-Qaïda, contre les convois de camions-citernes ont provoqué un blocus du carburant paralysant les activités économiques et la vie quotidienne, jusque dans la capitale Bamako.
Une pénurie qui étouffe Bamako
« Nous devons rester unis et éviter la panique », a déclaré le chef de l’État, lors d’un déplacement à Bougouni, à 160 kilomètres de la capitale. Un message d’apaisement, alors que la colère et l’inquiétude montent dans tout le pays. Pendant plusieurs semaines, seules les régions de Ségou, Mopti, San ou Koutiala souffraient de la rareté du carburant. Désormais, Bamako est elle aussi touchée de plein fouet par le blocus jihadiste. Les stations-service sont prises d’assaut, les files d’attente s’étirent sur plusieurs kilomètres et le marché noir flambe. Les convois militaires parviennent parfois à franchir les zones contrôlées par le Jnim, mais leur nombre reste insuffisant face aux besoins de la capitale, estimés à 250 citernes par jour. Le gasoil, le gaz butane et l’essence se raréfient, bouleversant la vie quotidienne.
Les transports collectifs ont doublé leurs tarifs, les motos-taxis sont devenues inaccessibles, et les Bamakois les plus modestes doivent se résoudre à marcher ou à utiliser des charrettes tirées par des ânes. Certains partisans du régime appellent à « adopter le vélo » pour faire face à la crise, mais le désespoir grandit. La paralysie s’étend à d’autres secteurs : écoles fermées, universités suspendues, services publics au ralenti. Les enseignants comme les élèves n’arrivent plus à se déplacer. Dans les entreprises, l’absentéisme explose. « Plus de 80 % de mes employés ne viennent plus travailler », confie un chef d’entreprise, avant d’ajouter : « Certains dorment dans les stations-service pour espérer un plein ».
Une économie étranglée et un pouvoir sous pression
Le blocage du carburant a entraîné une asphyxie économique généralisée. Les industries tournent à peine à 15 % de leur capacité, faute de carburant pour alimenter les générateurs. « Nos clients n’ont plus d’argent pour acheter, et nos coûts de production explosent, c’est la mort ! », se désole un entrepreneur malien. Selon un économiste local, le Mali est désormais le pays le plus touché par l’inflation au sein de l’UEMOA depuis le début de l’année 2025. Les produits alimentaires restent disponibles, mais les légumes et produits maraîchers ont vu leurs prix doubler en raison des difficultés d’irrigation.
Face à cette situation, la peur d’un effondrement logistique pousse de nombreux habitants à faire des réserves. Le général Goïta, lui, tente de rassurer et d’appeler à la résilience. Mais la question demeure : combien de temps encore le pays pourra-t-il tenir sous l’effet d’un embargo jihadiste qui s’étend et d’une économie à bout de souffle ?




