L’émotion est immense au Mali après l’exécution brutale de Mariam Cissé, une jeune tiktokeuse originaire de Tonka, dans la région de Tombouctou, au nord du pays. Âgée d’une vingtaine d’années et suivie par plus de 90 000 abonnés sur TikTok, la jeune femme était connue pour ses vidéos célébrant la vie quotidienne dans sa ville et pour son soutien affiché aux forces armées maliennes. Enlevée le jeudi 6 novembre 2025 par des djihadistes présumés, elle a été exécutée le lendemain sur la place de l’Indépendance de Tonka.
Une exécution publique d’une rare violence
Les faits ont bouleversé l’opinion publique malienne. Selon plusieurs sources locales, Mariam Cissé a été kidnappée par des hommes armés à moto, identifiés comme appartenant au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Ces derniers l’accusaient d’informer l’armée malienne de leurs mouvements. « Ma sœur a été arrêtée jeudi par les djihadistes », a raconté son frère aux médias. « Ils l’accusaient d’informer l’armée malienne de leurs déplacements. Le lendemain, ils l’ont amenée à Tonka à moto sur la place de l’indépendance (et) ils l’ont fusillée. J’étais dans le public ».
Selon une source sécuritaire citée par TV5MONDE, « Mariam Cissé a été assassinée sur une place publique de Tonka vendredi par les djihadistes qui l’accusaient de les avoir filmés pour le compte de l’armée malienne ». Le même interlocuteur a dénoncé « une barbarie » sans précédent. Un élu local a confirmé le drame, le qualifiant d’ « acte ignoble ». Quelques heures avant son enlèvement, la jeune femme avait diffusé en direct des images du marché hebdomadaire d’une ville voisine. D’après des témoins, ce direct aurait provoqué la colère des groupes extrémistes, présents dans la région. Ces derniers y auraient vu une provocation, voire une trahison.
Une onde de choc nationale
Dans tout le pays, la mort de Mariam Cissé a suscité indignation et tristesse. Sur les réseaux sociaux, les internautes parlent d’une « tragédie nationale » et saluent la mémoire d’ « une voix libre » et d’ « une jeune fille courageuse et lumineuse ». Pour Alhousseini Aladji, journaliste et directeur de la radio Jamana de Tombouctou, « l’enlèvement le jeudi dernier de Mariam a provoqué un véritable émoi chez toutes les personnes qui la suivent régulièrement sur les réseaux sociaux ». Interrogé par Deutsche Welle, il souligne le caractère exceptionnel de cet événement : « C’est l’une des rares fois qu’une femme est exécutée publiquement dans ces conditions, après avoir été enlevée ».
Une actrice de la société civile malienne, citée par le même média, exprime sa stupeur : « Ces gens qui osent s’en prendre à une jeune dame sans défense, à une mère, à une sœur et l’assassiner sur la place publique, c’est quelque chose que nous n’avons vraiment pas apprécié ». La blogueuse Fatouma Harber, jointe par RFI, se dit dévastée : « Je suis très très affectée de voir une si belle joie assassinée de façon aussi brutale. Ça fait vraiment mal. J’ai envie de crier, mais ça ne servirait à rien, car ce geste a été fait justement pour nous terroriser et pour nous faire mal ».
Un pays sous le joug de la terreur
Depuis 2012, le Mali est en proie à une crise sécuritaire profonde, alimentée par les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique (EI). Ces organisations imposent leur loi dans plusieurs régions du nord et du centre, où elles multiplient les attaques contre les civils, les forces de sécurité et les infrastructures vitales.
Ces dernières semaines, le JNIM a étendu son emprise en imposant un blocus sur les importations de carburant, paralysant une grande partie de l’économie malienne. Des dizaines de camions-citernes ont été détruits, tandis que les transports et les écoles ont dû suspendre leurs activités. Cette stratégie vise à asphyxier économiquement le pays et à affaiblir davantage le régime militaire en place.
L’assassinat de Mariam Cissé s’inscrit dans ce climat de terreur et d’intimidation visant toutes les voix jugées favorables à l’État malien. En s’attaquant à une jeune femme populaire, symbole d’une jeunesse connectée et engagée, les djihadistes ont voulu envoyer un message politique fort : faire taire toute expression publique de soutien à l’armée ou au gouvernement.




