Une frappe de drone attribuée à l’armée malienne aurait coûté la vie à 13 civils, dont six enfants, dans la région de Tombouctou. L’attaque s’est produite dans la nuit du dimanche 25 au lundi 26 octobre 2026, près de Lerneb. Selon plusieurs sources locales citées par RFI, deux familles touarègues ont été touchées dans leur campement. Des organisations de défense des droits humains réclament une enquête indépendante pour établir les responsabilités.
Une frappe de drone fait 13 morts près de Lerneb
Le drame s’est produit à Laghlaf, un campement nomade situé près de Lerneb, dans le cercle de Goundam, non loin de la frontière entre le Mali et la Mauritanie.
Selon les informations recueillies par RFI auprès de plusieurs sources locales, une frappe aérienne a touché les installations de deux familles appartenant à la communauté touarègue Izimatene.
Le bilan rapporté fait état de 13 personnes décédées, dont six enfants et une femme. Plusieurs autres habitants auraient été grièvement blessés.
Les témoignages indiquent que les victimes se trouvaient sous leurs tentes au moment de l’attaque. Les habitations ont été détruites par l’explosion.
Contrairement aux premières rumeurs, la frappe ne serait pas survenue pendant une cérémonie de mariage. Elle aurait directement touché le campement où résidaient les deux familles.
Ces informations ont été recoupées par RFI auprès de responsables communautaires, de représentants du Front de libération de l’Azawad (FLA) et d’organisations locales de défense des droits humains.
Toutefois, le bilan n’a pas fait l’objet d’une confirmation officielle de l’armée malienne.
Des organisations dénoncent les victimes civiles et exigent une enquête
Les circonstances de cette frappe suscitent de vives réactions parmi les organisations de défense des droits humains présentes dans le nord du Mali.
Le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad (CD-DPA) et l’organisation Kal Akal ont notamment participé à la documentation des faits et au recensement des victimes.
Tilla Ag Zeini, secrétaire général du CD-DPA, estime que cette attaque s’inscrit dans une série d’opérations militaires ayant causé la mort de civils.
Le responsable associatif met également en cause certaines interventions terrestres des forces maliennes et de leurs partenaires russes d’Africa Corps.
Son organisation considère que la répétition des pertes civiles soulève de sérieuses questions sur le respect du droit international humanitaire.
Elle réclame notamment une enquête indépendante, l’établissement des responsabilités et des mesures pour empêcher de nouvelles victimes parmi les populations.
Ces accusations restent celles des organisations concernées. La nature exacte de la cible et les circonstances de la décision de frappe n’ont pas été établies par une enquête indépendante rendue publique.
L’armée malienne n’a pas communiqué sur cette frappe
Les Forces armées maliennes (FAMa) poursuivent leurs opérations contre les groupes jihadistes et les mouvements séparatistes actifs dans le nord du pays.
Elles affrontent notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que des groupes liés à l’État islamique et les combattants du Front de libération de l’Azawad.
L’armée bénéficie également de l’appui de partenaires militaires russes, notamment des membres d’Africa Corps.
Malgré les informations faisant état de 13 victimes civiles à Laghlaf, l’état-major malien n’avait publié aucun communiqué sur cette frappe au moment des premiers signalements.
Sollicitée par RFI, l’institution militaire n’avait pas non plus répondu aux demandes de précisions.
L’absence de réaction officielle laisse plusieurs questions sans réponse, notamment sur l’objectif de l’opération, les renseignements utilisés pour identifier la cible et les éventuelles précautions prises pour protéger les habitants.
Les frappes de drones au Mali inquiètent les défenseurs des droits humains
Cette nouvelle attaque signalée dans la région de Tombouctou intervient quelques jours après la publication d’un rapport de Human Rights Watch sur les violences commises dans le centre et le nord du Mali.
Dans son enquête du 19 octobre 2026, l’organisation a documenté deux frappes de drones militaires jugées manifestement indiscriminées.
La première, survenue le 29 juillet à Talhandak, dans la région de Kidal, avait endommagé un centre de santé. La seconde avait touché un marché à bestiaux à Tombonkore, dans la région de Bandiagara, le 19 août. Six civils avaient été tués et au moins 20 autres blessés.
Selon les données d’ACLED citées dans cette enquête, 47 frappes de drones attribuées aux forces maliennes et à Africa Corps auraient causé la mort de 94 civils entre avril et août 2026, contre 44 morts lors de 22 frappes sur la même période en 2025.
Ces précédents ne permettent pas, à eux seuls, d’établir les circonstances de la frappe de Laghlaf. Ils illustrent toutefois les préoccupations concernant l’utilisation des drones militaires dans des zones habitées.
Le droit international humanitaire impose aux parties engagées dans un conflit armé de distinguer les combattants des civils et de prendre des précautions pour limiter les dommages causés aux populations.
À Laghlaf, une enquête indépendante permettrait notamment de vérifier le bilan humain, d’identifier la cible initialement recherchée et de déterminer si les règles applicables aux opérations militaires ont été respectées.
En attendant d’éventuelles précisions de Bamako, le bilan de 13 civils tués, dont six enfants, demeure celui rapporté par RFI et ses sources locales.




