Le gel des avoirs de Mamy Ravatomanga, homme d’affaires malgache proche de l’ancien président Andry Rajoelina, crée un séisme judiciaire entre Antananarivo et Port-Louis. La décision, rendue publique cette semaine par les autorités mauriciennes, met en lumière des soupçons de blanchiment d’argent à grande échelle et relance le débat sur la porosité entre politique et affaires dans la région.
Une mesure de gel inédite à Maurice
Le 16 octobre, la Financial Crimes Commission (FCC) de Maurice a obtenu de la Cour suprême une ordonnance de gel visant les avoirs de Mamy Ravatomanga, de son épouse et de plusieurs entreprises dans lesquelles le couple détient des participations. Cette décision découle d’une enquête ouverte après son arrivée à Port-Louis, le 12 octobre, à bord d’un jet privé en provenance de Madagascar.
Selon la FCC, « des renseignements crédibles » laissaient penser que l’homme d’affaires avait transféré plusieurs millions d’euros vers Maurice, avec l’intention de déplacer ces fonds vers un autre pays. Les autorités mauriciennes ont aussitôt réagi, invoquant leur lutte contre les flux financiers illicites et la nécessité de préserver la transparence du système bancaire.
L’affaire a pris une tournure plus délicate lorsque la police mauricienne a confirmé que le jet privé de Ravatomanga avait atterri sans plan de vol ni autorisation préalable, ouvrant la voie à une enquête distincte sur d’éventuelles infractions aériennes. Le pilote pourrait être poursuivi, ont précisé les autorités.
Le financier de l’ancien président Andry Rajoelina sous pression
Considéré depuis des années comme le principal soutien économique d’Andry Rajoelina, Mamy Ravatomanga est à la tête du groupe Sodiat, un conglomérat influent actif dans les secteurs du transport, de la construction et des médias. Lors du mouvement de contestation populaire à Madagascar, il avait été pris pour cible par les manifestants, accusé de profiter de sa proximité avec le pouvoir.
Arrivé à Maurice alors que les tensions politiques restent vives à Antananarivo, l’homme d’affaires se retrouve désormais au cœur d’une double tempête judiciaire et politique. D’après son avocat, il « n’a rien à se reprocher » et souhaite coopérer pleinement avec la FCC pour prouver la légitimité de ses opérations financières.
Pour l’heure, aucune interdiction de sortie du territoire mauricien ne lui a été imposée, mais tout déplacement devra obtenir l’accord préalable de la Commission. Cette précaution administrative traduit la vigilance des autorités mauriciennes, soucieuses d’éviter toute fuite de capitaux avant la fin de l’enquête.
Cette affaire dépasse largement le cadre d’une simple procédure financière. Elle met en lumière les liens étroits entre pouvoir politique et monde des affaires dans la région de l’océan Indien, tout en illustrant la montée en puissance des institutions mauriciennes dans la lutte contre le blanchiment d’argent.
Pour Andry Rajoelina, dont la légitimité politique demeure fragile après sa destitution, le dossier Ravatomanga pourrait raviver les critiques sur son entourage et sur la gestion des ressources publiques malgaches. Les prochains développements de l’enquête diront si cette affaire reste une question judiciaire ou si elle deviendra un symbole des dérives politico-financières à l’échelle régionale.




