Migrants expulsés vers l’Afrique : les accords secrets de Trump

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Les migrants expulsés vers l’Afrique sont devenus un élément de la politique migratoire de Donald Trump, au terme d’accords souvent négociés loin du regard public. Financements, visas, aide internationale ou soutien diplomatique apparaissent parmi les leviers utilisés par Washington pour convaincre des États d’accueillir des étrangers qui n’ont parfois aucun lien avec eux.

Des accords conclus avec plusieurs États africains

Depuis janvier 2025, l’administration Trump a multiplié les accords dits de « pays tiers ». Leur principe permet aux États-Unis d’expulser une personne vers un État autre que son pays d’origine, notamment lorsque son retour direct est juridiquement impossible.

Human Rights First et Refugees International recensent plus de 35 pays ayant conclu ce type d’arrangement avec Washington. Entre janvier 2025 et le 15 août 2026, plus de 23 000 personnes avaient été transférées vers 26 pays tiers, dont plus de 330 vers des États africains. Reuters avançait mi-septembre un total dépassant désormais 25 000 expulsés dans le monde.

Le Cameroun, le Ghana, l’Eswatini, la Guinée équatoriale, la Sierra Leone, la République centrafricaine ou encore la RDC figurent parmi les destinations utilisées. Plusieurs accords n’ont jamais été rendus publics dans leur intégralité, ce qui nourrit les critiques sur leur transparence.

Argent et diplomatie au cœur des négociations

L’enquête coordonnée par Forbidden Stories décrit une stratégie dans laquelle l’immigration devient un instrument de négociation diplomatique. Washington peut mobiliser son aide financière, ses politiques de visas ou ses relations commerciales pour obtenir la coopération de gouvernements étrangers.

Des documents déjà révélés sur le Cameroun illustrent cette logique. Après un accord portant sur l’accueil d’expulsés, les États-Unis ont annoncé 30 millions de dollars destinés au HCR au Cameroun. Des documents cités par plusieurs médias relient ce financement au dispositif migratoire, même si cela ne signifie pas que l’intégralité de la somme a été directement versée au gouvernement camerounais.

En RDC, l’accord migratoire est intervenu parallèlement à un rapprochement stratégique avec Washington sur la sécurité régionale et les minerais critiques. Les États-Unis avaient également annoncé un programme de 900 millions de dollars sur cinq ans destiné au système de santé congolais. Aucun élément public ne permet toutefois d’affirmer que cette enveloppe constituait directement le prix de l’accord migratoire.

Plusieurs millions de dollars versés pour accueillir des expulsés

Dans certains pays, le lien financier apparaît beaucoup plus direct. L’Eswatini a conclu un accord de 5,1 millions de dollars avec Washington et a accepté de recevoir jusqu’à 160 personnes. Plus de 30 expulsés y avaient déjà été transférés fin août 2026.

La Guinée équatoriale a reçu 7,5 millions de dollars dans le cadre de son accord avec les États-Unis. Une commission du Sénat américain avait déjà critiqué ce paiement direct au gouvernement de Malabo. Le Rwanda a reçu une enveloppe du même montant, tandis que la Sierra Leone devait percevoir 1,5 million de dollars selon des documents du département d’État.

Ces montants alimentent l’accusation de « monnaie d’échange » formulée par des avocats et des organisations de défense des droits humains. Ils montrent surtout que les expulsions s’intègrent désormais à des négociations bilatérales beaucoup plus larges que la seule gestion de l’immigration.

Une politique contestée devant la justice américaine

Le dispositif suscite aussi une importante bataille judiciaire aux États-Unis. Plusieurs expulsés bénéficiaient auparavant d’une protection empêchant leur renvoi vers leur pays d’origine en raison d’un risque de persécution ou de torture.

Le 18 septembre, une cour fédérale d’appel américaine a rejeté une politique permettant des expulsions rapides vers des pays tiers sans offrir aux personnes concernées une véritable possibilité de contester leur destination. Les juges ont estimé qu’elles devaient pouvoir faire valoir les risques auxquels elles seraient exposées.

Les inquiétudes ne sont pas seulement théoriques. En Guinée équatoriale, des avocats ont dénoncé en septembre l’arrestation et les mauvais traitements infligés à deux hommes expulsés des États-Unis. En Eswatini, plusieurs personnes ont également été détenues sans nouvelle condamnation pénale après leur arrivée.

Derrière ces accords se joue donc une bataille plus large sur l’externalisation de la politique migratoire américaine. Pour leurs détracteurs, Washington transforme l’accueil des expulsés en instrument de pression et de négociation. Pour l’administration Trump, ces transferts constituent au contraire un moyen légal d’exécuter des décisions d’éloignement lorsque le retour vers le pays d’origine n’est pas possible.

Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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