En reconduisant le prix plancher des amandes de karité à 250 FCFA le kilo pour la campagne 2026-2027, le gouvernement ivoirien envoie un signal fort en faveur de l’autonomisation économique des femmes rurales. Dans les savanes du nord et du centre-nord de la Côte d’Ivoire, la collecte et le traitement de cet « or vert » ne constituent pas une simple activité d’appoint, ils représentent le pilier financier fondamental des foyers. En sécurisant ce tarif minimum via le Conseil du Coton, de l’Anacarde et du Karité (CCA-K), l’État protège directement le pouvoir d’achat d’une main-d’œuvre féminine à 97 % vulnérable face aux aléas des marchés mondiaux.
L’« or de la femme » comme bouclier contre la précarité rurale
Pour les quelque 152 000 productrices réparties dans neuf régions de la ceinture du karité, la garantie d’un prix prévisible est une victoire sociale majeure. Cette activité inclusive leur assure des revenus autonomes indispensables pour financer la scolarisation des enfants, les soins de santé et la nutrition de la famille. La fixation des prix étagés, de 250 FCFA bord-champ à 305 FCFA au niveau des usines, permet également de limiter les intermédiaires abusifs et de valoriser le travail de collecte pénible réalisé par les groupements féminins.
Cette structuration progressive, appuyée par la création d’une organisation interprofessionnelle et le soutien du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA), renforce la représentativité des femmes dans les instances de décision locales. L’amélioration de leurs conditions de travail et la garantie d’un revenu décent transforment peu à peu une économie de subsistance en un véritable moteur de développement communautaire et d’égalité des genres.
Du ramassage artisanal à la souveraineté économique des coopératives
Au-delà de la protection des revenus directs, la stabilité des cours incitera les coopératives féminines à dépasser la simple collecte pour investir dans la première transformation. L’accès à des équipements modernes de concassage et de pressage offre à ces actrices rurales l’opportunité de capter une plus grande part de la valeur ajoutée avant l’exportation. Dans un contexte où la demande mondiale pour le beurre de karité biologique explose dans les secteurs cosmétique et agroalimentaire, l’émancipation des productrices passe inévitablement par leur intégration au sommet de la chaîne de valeur.
En consolidant les fondations financières des ménages du Nord, la politique gouvernementale démontre que la régulation agricole peut être un formidable instrument de justice sociale. Le soutien à la filière karité ne sécurise pas seulement un produit de rente, il consolide le statut social des femmes et bâtit la résilience des communautés rurales ivoiriennes.
Le choix d’Abidjan de sanctuariser le prix du karité prouve que le développement agricole gagne à mettre l’humain et le genre au cœur de ses priorités. En protégeant les revenus des collectrices, la Côte d’Ivoire transforme une ressource naturelle locale en un vecteur durable d’indépendance financière et de progrès social.




