Raffinerie d’or au Burkina Faso : le défi des 164 tonnes

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Le Burkina Faso a inauguré le 28 septembre 2026 Raffinor-BF, sa première raffinerie nationale d’or, avec une capacité initiale annoncée de 164 tonnes par an, et non 150 tonnes. L’enjeu se déplace désormais vers son approvisionnement, car la production aurifère nationale reste sensiblement inférieure aux capacités de traitement de l’usine.

Raffinor-BF démarre avec une capacité de 164 tonnes

Le président Ibrahim Traoré a inauguré Raffinor-BF à Ouagadougou près de trois ans après le lancement du projet. Selon le gouvernement burkinabè, l’infrastructure représente un investissement supérieur à 11 milliards de FCFA, mobilisé par l’État notamment à travers la Société nationale des substances précieuses (SONASP), en partenariat avec le secteur privé national.

La capacité annoncée pour la première phase atteint 164 tonnes d’or par an. Les autorités envisagent même, à terme, une capacité pouvant monter jusqu’à 515 tonnes annuelles, ce qui change considérablement l’échelle du projet.

L’ambition dépasse donc la simple création d’une unité industrielle. « Nous voulons affiner tous nos métaux sur place », a déclaré Ibrahim Traoré lors de l’inauguration, en défendant une stratégie destinée à conserver une plus grande partie de la valeur ajoutée au Burkina Faso.

La production d’or reste inférieure aux capacités de l’usine

Le principal défi apparaît dans les chiffres. Le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières indiquait que le Burkina Faso avait produit plus de 94 tonnes d’or en 2025, contre un peu plus de 61 tonnes en 2024. Environ 42 tonnes provenaient du secteur artisanal en 2025.

Même en supposant que toute cette production puisse être dirigée vers Raffinor-BF, elle ne représenterait qu’environ 57 % de la capacité annuelle initiale de 164 tonnes. Ce calcul donne une idée du défi industriel, même si production minière et volumes effectivement disponibles pour l’affinage ne sont pas strictement équivalents.

Les données disponibles montrent néanmoins une forte progression de la collecte. À fin septembre 2025, la production industrielle d’or brut dépassait 40 tonnes. La SONASP avait parallèlement collecté 29,56 tonnes provenant notamment de l’exploitation artisanale, semi-mécanisée et du traitement de résidus miniers.

Le Burkina Faso resserre le contrôle sur son or

Ouagadougou a déjà engagé plusieurs réformes pour mieux orienter la production vers les circuits nationaux. Le Code minier adopté en 2024 et ses textes d’application renforcent notamment le contrôle de la commercialisation et de la transformation de l’or.

Un décret adopté en décembre 2024 impose ainsi aux titulaires de permis d’exploitation industrielle de transformer tout ou partie de leur production sur le territoire burkinabè. Le gouvernement a également fixé à 24 carats, soit 99,99 % de pureté, la norme applicable à l’or affiné localement.

D’autres mesures imposent que l’achat et la vente de certains volumes d’or passent par l’organisme public compétent et prévoient une déclaration préalable pour les sorties du territoire. L’objectif est notamment de renforcer la traçabilité d’une filière où l’or artisanal a longtemps circulé par différents canaux.

Raffinerie d’or : une ambition désormais régionale

Les autorités semblent conscientes que la production nationale seule pourrait ne pas suffire. Leur objectif officiel est non seulement de traiter l’ensemble de l’or produit au Burkina Faso, mais aussi de faire de Raffinor-BF un pôle d’affinage pour l’Afrique de l’Ouest.

Cette dimension régionale deviendra encore plus importante si la capacité atteint un jour 515 tonnes par an. À ce niveau, l’approvisionnement nécessiterait probablement des volumes venus d’autres producteurs, en plus de la croissance des mines industrielles et de la formalisation du secteur artisanal burkinabè.

L’inauguration de Raffinor-BF constitue donc une étape industrielle majeure, mais elle ne garantit pas à elle seule une utilisation optimale de l’usine. Le véritable test portera désormais sur la capacité du Burkina Faso à capter davantage de son propre or, sécuriser les flux, augmenter la production et attirer des volumes régionaux suffisamment importants pour rentabiliser durablement son outil de raffinage.

Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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