L’épidémie d’Ebola en RDC s’aggrave dans la province du Nord-Kivu, où près de 40 % des nouveaux cas confirmés sont désormais recensés, selon Médecins sans frontières (MSF). Face à la multiplication des foyers de contamination et à la saturation des centres de traitement, l’organisation humanitaire appelle à renforcer rapidement la réponse sanitaire.
Ebola au Nord-Kivu : une propagation qui inquiète MSF
La situation épidémiologique se dégrade depuis début septembre 2026 dans l’est de la République démocratique du Congo. Les villes de Beni et de Butembo figurent parmi les zones particulièrement touchées par cette nouvelle accélération de la transmission.
Selon MSF, la part du Nord-Kivu dans les nouveaux cas confirmés à l’échelle nationale est passée de 24 % fin août à près de 40 % début octobre. Cette progression témoigne d’un déplacement préoccupant des foyers épidémiques vers une province déjà confrontée à de multiples difficultés sanitaires et sécuritaires.
Stéphanie Hoffmann, responsable du centre de traitement Ebola de MSF à Butembo, compare la situation à un incendie difficile à maîtriser. Plusieurs foyers apparaissent simultanément, parfois à des distances importantes, ce qui complique l’organisation des interventions.
L’évolution varie également selon les localités. Alors que Butembo avait récemment enregistré une légère diminution des cas, Beni connaissait une forte augmentation. Ces fluctuations rendent toute prévision particulièrement incertaine.
Plus de 4 200 décès et des centres de traitement saturés
Le bilan national confirme la gravité de cette 17e épidémie d’Ebola, officiellement déclarée le 15 mai 2026.
Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la RDC comptabilisait, au 6 octobre, 8 728 cas confirmés et 4 205 décès. Le taux brut de létalité atteignait ainsi 48,2 %.
Le Nord-Kivu enregistrait à lui seul 1 755 cas confirmés et 1 013 décès depuis le début de l’épidémie. La province présentait un taux de létalité particulièrement élevé, estimé à 57,7 %.
Malgré cette aggravation, les infrastructures médicales peinent à répondre aux besoins.
D’après MSF, au 28 septembre, 34 % des personnes testées positives étaient encore hospitalisées dans des établissements de santé généralistes, faute de places suffisantes dans les centres spécialisés.
Cette situation expose les autres patients et le personnel médical à des risques de contamination. Ebola nécessite en effet des mesures strictes d’isolement, de protection et de désinfection.
Les retards de diagnostic compliquent davantage la prise en charge. Certains malades peuvent rester plusieurs jours dans des structures insuffisamment équipées avant leur transfert vers un centre adapté.
Pourquoi l’épidémie d’Ebola est difficile à maîtriser en RDC
Plusieurs facteurs expliquent les difficultés rencontrées par les autorités sanitaires et les organisations humanitaires.
La première contrainte reste l’insécurité persistante dans l’est de la RDC. Les violences armées et les déplacements de population perturbent l’accès aux soins et compliquent le suivi des personnes exposées au virus.
La méfiance envers les dispositifs sanitaires constitue un autre obstacle. Certaines communautés gardent le souvenir douloureux de l’épidémie de 2018-2020, marquée par des restrictions, des séparations familiales et des tensions autour des interventions médicales.
La propagation de fausses informations peut également retarder la consultation des personnes présentant des symptômes.
Sur le plan médical, l’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, une espèce d’ebolavirus pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement approuvé.
Cette particularité limite les outils disponibles par rapport aux épidémies causées par le virus Ebola de souche Zaïre, contre lequel des vaccins et traitements spécifiques existent.
Quels risques de propagation vers les pays voisins ?
L’inquiétude dépasse désormais les frontières congolaises.
Le 8 octobre, l’OMS a confirmé qu’un cas importé avait été détecté au Kenya. Le patient, arrivé de RDC après avoir traversé l’Ouganda, est décédé le 5 octobre.
Les autorités sanitaires kényanes et ougandaises ont engagé des opérations de recherche et de suivi des contacts afin de limiter les risques de transmission.
Face à cette menace, MSF préconise un renforcement des capacités de diagnostic, de l’isolement des malades et de la protection des soignants.
La surveillance des personnes contacts pendant 21 jours, la sécurisation des enterrements et l’information des communautés restent également essentielles.
Pour les autorités congolaises, l’urgence consiste désormais à contenir les foyers actifs, particulièrement au Nord-Kivu, tout en évitant de nouvelles contaminations dans les provinces voisines.




